PREMIÈRE ET DEUXIÈME GUERRE MONDIALE 



Discours de clôture du Congrès   

Par le Président J.LAVIGNASSE 

Mesdames, Messieurs, 

Je voudrais en premier lieu saluer et  remercier de leur présence, les Présidents et Représentants des Associations Nationales, les Autorités, qui nous font l’honneur d'assister à cette séance de clôture de notre Congrès et qui, pour la plupart, seront à nos côtés, cet après-midi, à l'Arc de Triomphe pour le Ravivage de la Flamme.

  

Merci à vous tous, chers Adhérents et Amis, d’être venus nombreux à cette séance de clôture qui marque la fin de notre rencontre annuelle de l'Amitié et du Souvenir.

  

Merci à Monsieur le Maire du 20e arrondissement pour l’amitié qu’il nous a témoigné en nous ouvrant les portes de cette belle salle des fêtes, à Monsieur ROSENFELD chargé de la Mémoire, à Monsieur DAHAN chef de cabinet de Monsieur le Maire et à tout le personnel  qui ont mis tout en oeuvre pour que cette séance de clôture de notre 73è Congrès soit une réussite.

  

Je voudrais enfin remercier chaleureusement et officiellement, l'équipe qui a préparé ce Congrès :

 

Paule Sudre et Mathilde Lorrain qui ont été honorées hier, à l'issue de notre séance de travail, de la médaille d'or de la Fédération ; Odette Boutaud et Jacques Monbeig qui ont reçu la médaille d'argent.

  

Roland Roland Noël pour ses 10 années passées comme Secrétaire général de la Fédération et Yves Ropars pour son dévouement comme porte-drapeau fédéral ont également été honorés de la médaille d’or.  

 Maurice Dauguet (Ille de France- Paris) et Maguy Peypelut-Marois (Dordogne)  ont reçu la Médaille d’argent pour leur dévouement au service de leur Association Départementale.

  

À tous je dis un grand merci… Ils  méritent vos applaudissements.

  

Après ces éloges mérités et l'émouvant hommage rendu à nos prédécesseurs par Jean Desmarès, Président honoraire de notre Fédération, à l'occasion des 80 ans de l’histoire de notre Mouvement,qu'il me soit permis de regretter l'absence de M. le Ministre Alain MARLEIX que nous avions invité dès le mois de juin et à qui j'avais renouvelé notre invitation lorsque nous nous sommes rencontrés les 13 et 14 juillet.

  

 Aussi, je remercie très sincèrement de sa présence Monsieur le Préfet Philippe RIFFAUD, Directeur du cabinet du Secrétaire d'État à la Défense et qui représente Monsieur le Ministre.

  

Par respect pour notre Président de la République, Monsieur Nicolas Sarkozy, nous lui avions également adressé au mois d'août une invitation à participer à notre Congrès, sans trop d'illusions il faut le reconnaître, mais avec le secret espoir qu’il nous renouvellerait les engagements pris lors de la campagne pour l'élection présidentielle.

 

C’est chose acquise.Nous ne pouvons que remercier très sincèrement Monsieur le Président de la République pour son message qui nous laisse plein d’espoir. Vous pouvez en prendre connaissance  dans ce même numéro de notre journal.

  

A l'occasion de ce 80e anniversaire, il nous faut dès maintenant nous poser la question : que serons-nous dans 10 ans, pour le 90e anniversaire ?

Que restera-t-il du monde Ancien combattant et Victimes de guerre ? Les différentes générations du feu auront en grande partie disparue. Leurs enfants  seront-ils encore là pour témoigner et se souvenir ? C'est le défi que nous sommes appelés, les uns et les autres, à relever.

 

 

Avant d’évoquer les sujets qui nous préoccupent et que la plupart d'entre vous connaissent, je voudrais rappeler un point qui me tient à cœur : qui sommes nous?

Trop souvent en effet dans les sphères politiques de notre pays nous sommes assimilés aux Anciens combattants. Or, même si nombre d'entre nous peuvent, avec honneur, cumuler le titre d'Ancien combattant et d'Orphelin de guerre, la grande majorité n’est pas ancien combattant.

Par contre nous appartenons  tous à la famille des «  Victimes de guerre » qui rassemble les Veuves de guerre, les Orphelins de guerre et les Parents des tués. Nous avons en commun d'avoir perdu un père, parfois aussi une mère, dès notre plus jeune enfance .

 

Ils sont « Morts pour la France ».

 

Or, la perte d’un parent, voire des deux parents, est pour l’enfant une perte irremplaçable. Elle a fait basculer des destins et bouleversé des vies d’êtres en devenir, privés de l’innocence et de l’insouciance qui sont l’apanage des jeunesses heureuses .

 

La guerre en a décidé autrement.

  

 Voilà pourquoi nous refusons cette confusion dans les appellations, d'ailleurs largement répandue dans les milieux officiels, au point que le titre même de « Victimes de guerre » n'apparaît plus dans l'affectation de notre Ministre de tutelle, pas plus d'ailleurs que dans la plupart des courriers officiels.

  

J'avais à ce sujet interpellé Monsieur le Président de la République, dès le 12 mai, avant que ne soit constitué le gouvernement, pour lui rappeler combien il était symboliquement important pour nous, que la mention des « Victimes de guerre » retrouva sa place auprès des Anciens combattants, notre famille spirituelle.

On a beau nous rétorquer que cette appellation est « sous-entendue », eh bien, je vous avoue que je, que nous, ne sommes pas d'accord car, l'absence c’est l'oubli.  

 Nous continuerons donc dans nos écrits, comme dans nos interventions, à revendiquer le titre de «  Victimes de guerre » qui, beaucoup semblent l’oublier aujourd'hui, a été créé en juillet 1917 sous le titre d' « Office national des Pupilles de la Nation » alors que c'est en 1926 que fut créé l' « Office national des combattants ».

Que mes amis Anciens combattants ici présents n'y voient aucune marque d’irrespect à leur égard, je sais qu’ils nous soutiennent dans cette demande, qui au demeurant ne coûterait pas bien cher.  Vous l'avez compris,

au-delà de la diversité qui compose notre mouvement et qui regroupe les Orphelins de guerre de 14-18, de 39-45, d'Indochine, d’Algérie, des missions extérieures, des victimes du terrorisme,

 

au-delà de la diversité de nos adhérents qui rassemble des Orphelins de tous âges, de tous les milieux sociaux, politiques, professionnels ou confessionnels,

 

un point commun  nous unit tous : nous avons été marqués par une enfance tragique dont la blessure ne sera jamais cicatrisée.

  

Voilà pourquoi le combat que nous menons aujourd'hui, comme depuis 80 ans, est d'abord celui de la Mémoire.

 

Notre participation aux cérémonies du Souvenir est un engagement pour rappeler le sacrifice de nos pères qui ont donné leur vie pour que la France vive en paix, libre et respectée.

Notre combat c'est aussi celui de la Justice et de l'Equité.

 Voilà pourquoi je voudrais évoquer devant vous les trois revendications prioritaires de notre Mouvement.

1) Concernant les Orphelins de guerre atteints d'infirmité :Jusqu'en 1983, la pension d'orphelin de guerre majeur et handicapé pouvait se cumuler avec la pension d'adulte handicapé (AAH). Ce cumul permettait de compenser la rente que la présence du  père aurait pu constituer. Or ce n'est plus possible depuis cette date.

 Nous le regrettons vivement, d'autant que le dénombrement des Orphelins de guerre touchés par cette mesure se situerait entre 500 et 1000... Trop peu nombreux sans doute pour être entendus.

2) La retraite mutualiste du combattant :Nous demandons que les Orphelins de guerre et Pupilles de la Nation dont l’ascendant a obtenu la mention  «  mort pour la France » à titre civil, puissent bénéficier des avantages de la retraite mutualiste au même titre que les ayants cause de militaires morts pour la France.  

 3) Notre troisième revendication,la plus sensible sans doute, date de l'an 2000. Rappelons, pour mémoire, que dès 1945, la République s'était honorée, en traitant de façon identique, sans distinction de race ou de religion, tous les Orphelins de guerre, sans exception. Tous ont été déclarés Pupilles de la Nation avec la mention, pour le parent décédé, de « mort pour la France ». L'Orphelin gardait, quant à lui, enfouie au plus profond de son cœur, dans l'honneur et la dignité, la disparition tragique du père.  

Le décret du 13 juillet 2000, promulgué par Monsieur Lionel Jospin, est venu briser cette chaîne. Dans un climat de repentance nationale, ce décret prétendait  réparer des crimes commis par le gouvernement de Vichy à l'égard de la communauté juive, oubliant le caractère discriminatoire de semblable mesure.   Dès le 21 juillet 2000 notre Fédération et son Président Rémi Graillot se sont élevés, dans notre journal, contre l'intolérable discrimination de ce décret.  Après quatre ans de combat, le décret Raffarin de juillet 2004, à la suite du rapport de Philippe Dechartre, est venu ajouter une nouvelle discrimination, entre les Orphelins victimes directes de la barbarie nazie et tous les autres Orphelins de la deuxième guerre mondiale.

 

  Comment justifier un tel tri parmi les Orphelins de guerre ?

La souffrance des uns n’est- elle pas égale à celle des autres ?D’autant que, par la loi Raffarin du 10 février 2005, les Harkis et leurs enfants ont été ou seront indemnisés.  Comment peut-on expliquer et justifier cette pratique ségrégationniste, depuis 7 ans ? Nous ne saurions l'accepter.  Notre Fédération, mais aussi celle de l'Association A N. P. N. O. G. D.  considérons que tous les Orphelins de guerre et pupilles de la Nation de « Morts pour la France », quel que soit le conflit dans lequel leurs pères sont morts, doivent être traités de manière identique.   Il appartient au législateur de remédier à cette injustice ou au gouvernement de promulguer un décret.  Voilà pourquoi nous gardons espoir dans la réalisation de  l'engagement pris, lors de la précédente législature, par deux tiers des députés qui ont signé différentes propositions de loi émanant de l’U M P, de  l'U D F, du Parti socialiste, du Parti communiste et même du Sénat.  Les courriers que nos deux principales Associations d'Orphelins de guerre ont co-signés, n'ont sans doute pas laissé indifférents les candidats à la Présidence de la République au point que le futur Président s'est engagé, dès le mois de mars 2007, à « mettre un terme à  l’empilement des dispositifs et à l’insécurité juridique, par un Décret unique… instituant une mesure de réparation pour tous les Orphelins de Guerre qui n’auraient pas bénéficié des précédentes mesures».   Cet engagement nous a d’ailleurs été confirmé par 2 courriers de la Présidence de la République reçus, dans nos Associations, au mois de juin 2007 et un au mois de septembre 2007.  Dans le projet de budget du Secrétaire d’Etat à la Défense pour 2008, présenté voici quelques jours à nos représentants et après avoir fait le point sur les décrets de 2000 et 2004, il est dit 

« un bilan de la mise en oeuvre de ces deux décrets devra être effectué dans la perspective d'engager une réflexion sur les possibilités d'adaptation de ce dispositif au statut d'orphelin de guerre ». 

 

Bien sûr nous attendons avec impatience, confirmation et concrétisation de ces engagements, des engagements du Président de la République et espérons que nos Associations ne seront pas oubliées dans l'élaboration de ce nouveau décret.  Voilà, chers amis, quelques-unes des demandes insistantes et plus que jamais réitérées de notre Fédération.  J'espère, Monsieur le Préfet, que vous serez notre interprète auprès de M. Alain MARLEIX et pourquoi pas de Monsieur le Président de la République  pour leur exprimer nos attentes et nos espoirs.  Je vous remercie de votre attention.