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  DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

 

 

Dans le cadre de notre Congrès à Sarlat, 11 bd Victor Nesmann a èté dévoilée une plaque au nom du Dr Victor Nesmann mort sous la torture à Limoges le S janvier 1944. Cete plaque est apposée sur la maison où la famille Nessmann a vécu pendant l'occupation. Vous trouverez ci-dessous l'allocution prononcée par son fils Jean-Daniel.  
  
Chers Amis
      
Avant de vous dire quelques mots sur mon père, le docteur Victor Nessmann, je tiens à remercier l'Association des fils des Morts pour la France de Dordogne, et en particulier son président Serge Rajaud qui réalise pour moi, aujourd'hui, un rêve auquel je ne croyais plus, déposer ici une plaque en mémoire de mon père.
  
Je veux remercier également la municipalité de la Ville de Sarlat qui a accepté de rendre cet hommage à l'un de ses citoyens, mort pour la devise de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité. 

Merci également aux propriétaires actuels de cette maison qui ont accepté que cette plaque soit apposée sur la façade.
Permettez moi enfin de saluer deux témoins: Marcelle qui était au côté de ma mère ce jour, ainsi que Denise Chaud qui attendait son tour de consultation.

Et de saluer aussi tous les amis nombreux qui sont souvent venus de loin pour s'associer à cette manifestation et dont beaucoup se sont excusés de ne pouvoir être présents.
L'histoire de mes parents est commune à beaucoup d'Alsaciens en 1939.
 
Mon père, Victor Nessmann est mobilisé sur le front dès le mois d'août 1939 ; ma mère et ses quatre enfants sont évacués d'office de Strasbourg le 1 septembre. Commencent 8 mois d'une "drôle de guerre" qui fut particulièrement difficile pour les 600 000 évacués alsaciens et mosellans, chassés sans ménagement de leur province par le gouvernement français. 

Et vous, Périgourdins, qui nous avez accueillis et nous avez aidés avec tant de générosité, vous le savez mieux que quiconque. Mai 1940, les Allemands attaquent. C'est l'exode et la débâcle.
En juillet, mes parents se retrouvent par miracle à Périgueux où mon père est démobilisé. Mes parents auraient pu rentrer en Alsace et reprendre une vie normale.
  
 
Mais mon père est toujours resté au service de la justice et de la France.
Il connaît la barbarie du régime nazi et mes parents refusent de rentrer en Alsace annexée par les Allemands. C'est Ià leur premier acte de résistance. Et c'est ici, dans cette maison, que nous trouvons refuge le 25 septembre 1940.
Une nouvelle vie commence. Mon père reprend son activité de chirurgien et sait se faire apprécier d'une population qui avait su accueillir les réfugiés avec beaucoup d'humanité. 
   
Dès 1941, les premiers mouvements de résistance se forment.
Adhérent au mouvement Combat, mon père entre en relation avec Edmond Michelet qui lui confie en 1942, la responsabilité de l'Armée secrète du Sarladais. 
Après l'occupation de la zone libre par les Allemands le 11 novembre 1942, une année 1943 commence particulièrement difficile pour la résistance. 
Dès février 1943, à Sarlat, c'est la première rafle de résistants dont je ne peux taire ici les noms: Madame Kauffmann, (épouse du colonel Kauffmann, lequel sera exécuté à Fribourg et dont on a inauguré une plaque à Sarlat l'an passé), Messieurs Bonnel et Brueder, puis en mars Séroux, Maurel, Horvilleur, Scherer.
Tous sont déportés, deux seuls reviendront. Le libraire Louis Bonnet sera déchiqueté par les chiens de garde au camp du Struthoff. 
   
 
Le 26 février, Edmond Michelet est arrêté à Brive et les arrestations se poursuivent dans la cinquième région. L'été passe, l'automne connaît un regain d'arrestations en Dordogne-Sud, dans une zone allant de Bergerac à Sarlat.


Le 21 décembre 1943 mon père en est la dernière vic- time. Je me souviens. J'avais dix ans, j'étais en septième (on dit aujourd'hui en CM2). Je ne sais par quel hasard, ce mardi 21 décembre à 14 heures, je suis à la maison et je fais mes devoirs. Dans son cabinet médical, mon père a commencé la consultation. On sonne. Je cours pour ouvrir la porte. Dans l'uniforme traditionnel de la gestapo, deux hommes me bousculent. 
 
  

    
Nous ne saurons plus rien de lui.
 
   
  

   
Commence alors pour ma mère chargée de six enfants en bas âge une période très difficile. Matériellement. sa situation sera réglée avec dix années de retard en 1953 seulement. Moralement, son dur chemin s'est ter- miné avec son décès en 1995. 
En 1946, bien après la fin de la guerre, nous apprendrons par son compagnon de cellule, Fernand Baumgarten, résistant alsacien lui aussi, que Victor Nessmann est mort dans ses bras à Limoges le 5 janvier 1944 après 48 heures de tortures épouvantables.
  

Devant vous aujourd'hui, je porte la Médaille de la Résistance de mon père qui m'a été remise avec d'autres le 14 juillet 1948.  Je tiens beaucoup à cette médaille de la Résistance. C'est la plus précieuse.
 
"La Résistance, c'est le refus de l'inacceptable"   écrivait Geneviève Anthonioz de Gaulle

 
La flamme de la Résistance ne doit pas s'éteindre et elle ne s'éteindra jamais" déclarait le Général de Gaulle le 18 juin 1940. Orphelins de Résistants et de tous les Morts pour la France, nous qui avons payé le prix de la douleur et de l'absence, à nous de prendre   aujourd'hui le relais de cette flamme de la Résistance pour la transmettre à nos enfants.  

  Jean-Daniel NESSMANN   

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M. Jean-Jacques de PERETTI, député-maire de Sarlat et adhérent de notre association a prononcé quelques mots. Plusieurs gendarmes, des Sarladais, des employés municipaux et des amis venus spécialement de Paris assistaient à la cérémonie.  La plaque a été dévoilée par Marcelle, la jeune assistante familiale de la famille NESSMANN, et une cliente qui attendait dans la salle d'attente du Docteur, quand la Gestapo est arrivée.