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PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

 

L’année 1918 a été très présente, 90 ans après, est largement commémorée. Des associations d’Anciens Combattants ont organisé des visites commentées sur les lieux même des combats de la Première Guerre Mondiale ; c’est ainsi que le 16 juillet 2008 une marche a été programmée dans la Marne,  à Souain près de Suippes. Cette partie du front a été l’objet de furieux combats tout au long de la guerre et les cimetières militaires se succèdent à un rythme impressionnant : Souain 33 000 corps, Suippes    4000, la ferme de Suippes  9 366, Jonchery 7 910, Sommesuippe 4 962.    

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17 juillet 2008

  

Pour cette visite, rendez-vous a été donné au monument de la Ferme de Navarin le 17 juillet à 9 heures. Nous nous sommes retrouvés une centaine de participants d’origine et d’âge très variés : des passionnés d’Histoire, des anciens militaires, des habitants du secteur dont les parents avaient vécu ici pendant la guerre soit du côté français, soit du côté allemand, puisque le front a très peu varié  pendant toute la guerre et a toujours passé près du village de Souain, des descendants de ceux qui ont été tués ici, un colonel de la Bundswehr (l’armée allemande actuelle) qui nous a suivi tout au long de la journée...

   

Un officier en retraite connaissait parfaitement le secteur a commencé par nous situer  les positions respectives des armées en présence et l’évolution au cours de l’année 1918.

   

En effet, à partir de juillet 1918 l’armée allemande est à bout de souffle, son offensive de printemps s’est enlisée et les alliés dopés par l’arrivé des Américains sont de plus en plus agressifs. De décrochage en décrochage les Allemands vont en arriver à l’Armistice du 11 novembre...

   

La Ferme de Navarin se trouve à quelques kilomètres de Souain dans la direction de Sommepy. Un monument a été édifié à  l’initiative du Général Gouraud, commandant de la zone en 1918, pour rendre hommage aux troupes qui ont combattu dans le secteur. Il n’a pas été possible de visiter ce monument car il est actuellement en réparation. De là nous sommes partis pour ce qui est aujourd’hui le camp militaire de Suippes. Cet immense territoire a été déclaré « Zone Rouge » après la guerre et plusieurs villages n’ont pas été reconstruits : Tahure, Perthes–lès-Hurlus.

      

  

C’est aujourd’hui un champ de manoeuvres pour les blindés et un champ de tir pour l’artillerie. Il n’est qu’exceptionnellement ouvert au public; 90 ans après des traces de combat subsistent encore : trous d’obus, emplacement de tranchées, blockhaus. 

   

Souain

A midi, nous avons partagé un repas tiré des sacs dans la salle commune de ce village. L’ambiance était chaleureuse et le militaire allemand présent nous a gratifié d’un « schnaps » digestif : M. Godin, ancien maire de la commune a apporté toutes les précisions que nous souhaitions. La nécropole nationale de la Crouée à Souain est immense : 44 000 corps ; 33 000 Français, 11 000 Allemands.

   

C’est en Mars 1915 que les combats les plus terribles et meurtriers eurent lieu. Je suis directement concerné  car mon grand-père paternel a été mortellement blessé ici le 8 mars 1915. Agé de 38 ans, il faisait partie de « l’armée territoriale » qui, théoriquement ne devait pas participer directement aux combats mais exécuter des travaux de  terrassement, creuser des tranchées... A la suite des pertes énormes de 1914 (440 000 mort d’Août à décembre 1914) – on a reconstitué des régiments avec les soldats qui restaient ! C’est ainsi que mon grand-père  a été affecté à la 19ème compagnie du 336ème régiment  d’infanterie dont la plupart des soldats étaient originaires de Saint-Lô dans la Manche.

   

 

Le 7 mars 1915 l’Etat-Major  français a engagé une offensive pour tenter - une fois de plus - de percer le front. Une mine avait fait sauter les tranchées allemandes au lieu-dit « le moulin de Souain ». Les combats furent terribles et les troupes étaient exténuées. Le 10 mars  la 21ème compagnie du 336ème Régiment d’Infanterie a refusé de sortir des tranchées car le terrain était battu par les mitrailleuses allemandes et la mort certaine.

  

Le Général Reveilhac qui commandait l’opération, furieux demande au colonel responsable de l’Artillerie de tirer sur les tranchées françaises. Ce dernier refusa et demanda un ordre écrit que le valeureux général ne donna pas. Un drame s’ensuivit, quatre caporaux de cette unité furent traduits en Conseil de Guerre, condamnés à mort et fusillés à la ferme de Suippes le 17 mars.

    Grâce à l’action de la veuve de l’un deux, Madame Maupas, ils furent réhabilités en 1934 ; l’un d’eux, le Caporal Girard repose au cimetière de Suippes tombe Numéro 2293.

        

Suippes

  

Grâce à des fonds européens, régionaux et départementaux,  on a construit à Suippes ces dernières années un musée fort intéressant qui relate cette dramatique période. Il est appelé « Centre d’interprétation de Suippes ». Réalisé initialement pour une autre partie du front, il a été transposé à Suippes mais sans subir pour autant une véritable adaptation et c’est regrettable. Tel qu’il est, il est fort utile d’autant que les « Hôtesses d’accueil » sont dévouées et très compétentes.

    L’organisation de pareilles manifestations est particulièrement méritoire, elle permet de ne pas oublier les sacrifices de 1 million trois cent mille Français qui ont donné leur     vie, laissant 600 000 veuves et un million cent mille orphelins. 

 

 

Bibliographie

  N. Offenstadt : les fusillés de la Grande Guerre

  Général  A. Boc : Fusillés pour l’exemple

  J. Laisné : Les Caporaux de Souain

  M. Godin : Souain, un village, une histoire

  Veuve Maupas : Le fusillé

 

 

 

 

 

    

                                                   Jean-Pierre Eyraud   Conseiller fédéral