AVANT LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
 
Le Duc de Lorraine Léopold meurt en 1729, âgé de 50 ans. Son fils François, élevé à la Cour de Vienne, lui succède et devient en Lorraine François III, mais rapidement il quitte le Duché pour succéder, grâce à la filiation  Médicis de la lignée de Lorraine, au Duc de Toscane, où il devient François II.
Puis aussi rapidement, il rejoint Vienne où il se marie, mariage prévu depuis longtemps avec Marie-Thérèse, fille de l’Empereur Charles IV. En 1745, il succédera à son beau-père et deviendra l’Empereur François 1.
Il est à l’origine de la lignée des Habsbourg-Lorraine qui régnera en Autriche jusqu’en 1918…
  
  
Mais vu du côté français, cette promotion entraîne une conséquence inacceptable :
le retour à l’Empire du Duché de Lorraine que la France cherche à faire sien depuis plusieurs siècles. Car le rêve du royaume est d’avoir sa frontière naturelle sur le Rhin, rêve partiellement concrétisé par l’annexion de l’Alsace sous Louis XIV.

En 1736 commencent à Vienne les pourparlers entre Royaume et Empire :

  • Il est inacceptable que la Lorraine devienne impériale
  • Il est inenvisageable que la Lorraine soit abandonnée à la France
Pas de solution, blocage !
Et c’est le Roi de Prusse qui finit par suggérer à Louis XV la proposition suivante, que je résume en substance :
« Sûr, vous savez que la Pologne fonctionne comme l’Empire où l’Empereur est élu et couronné et non sacré comme le Roi de France. Votre beau-père Stanislas Leszczinski, ex roi de Pologne n’a pas été réélu. Il est inconvenant que le Roi de France ait comme beau-père un roi déchu, errant de province en province, en Allemagne et en France.
Nous sommes maintenant en 1737 Stanislas a 60 ans, selon l’expérience de notre époque, c’est un vieux… On peut lui confier la Lorraine pour quelques années… le temps que tout s’apaise et qu’on trouve une solution. A sa mort, votre épouse Marie Leszczinska héritera et de ce fait la Lorraine  vous reviendra naturellement » (j’assume ce discours, mais il ne trahit pas la pensée).

On transige donc sur ce « projet-interlude » et par le Traité de Vienne de 1737, Stanislas devient Duc de Lorraine, mais Attention !, Duc en titre simplement, la fonction politique et la maîtrise de l’impôt revenant au représentant sur place de Louis XV : le chancelier Chaumont de la Galaizière, symbole de l’annexion, de la perte d’identité, détesté des lorrains.
    
                                       
   
Mais comme souvent dans l’Histoire, l’imprévu est au tournant :
  • D’une part, Stanislas appréciant bonne chère et bon vin, vivra encore 30 an, il mourra en 1766 âgé de 89 an. Louis XV ne lui survivra que 8 ans
  • D’autre part, derrière l’embonpoint du personnage se cache un esprit  vif, très éveillé, ouvert aux idées des Lumières, inventif, qui, déchargé des tâches politiques va pouvoir investir ses capacités créatives  au bénéfice des Lorrains. Il reprend en cela le flambeau de Léopold, Duc trop méconnu car esprit des Lumières avant la lettre et qui a sorti la Lorraine de 75 années d’occupation française vivant sur un pays ravagé par la Guerre de Trente Ans, partiellement désertifié et abandonné.
Il faudrait beaucoup d’espace pour inventorier l’apport de Stanislas à la Lorraine.
Très en bref :
  • L’apport le plus visible, sur le plan de l’architecture et des Arts reste à Nancy l’incontournable Place Stanislas-Place de la Carrière, connu de tous mais dont presque tous ignorent  le message politique, le Palais de Stanislas (actuelle mairie) s’opposant face-à-face au Palais du Gouvernement, résidence du Chancelier de Louis  XV
  • Sur le plan des idées, Lunéville, résidence habituelle de Stanislas, devient une capitale européenne avec la lettre, où s’échangent très librement toutes les idées nouvelles, tant sur le plan des philosophies, de ce qu’elles contestent comme de ce qu’elles proposent, que sur celui de l’économie et de ce que deviendront plus tard ingénieurs et créateurs d’entreprise. 
  • Sur le plan social où Stanislas, sensible à la fragilité des conditions de vie des masses populaires, surtout rurales, crée un organisme d’assistance et de protection, véritable archétype de ce que deviendrait plus tard Sécurité Sociale, Mutuelles et Assurances.
A la Révolution française, 20 ans après la disparition de Stanislas, on s’apercevra que la Lorraine française depuis 1766 est une des régions de France où l’on trouve le plus  de gens, aussi bien hommes que femmes, sachant lire, écrire et compter… et conter …un peu… comme je viens d’essayer de le faire.

Venez donc à Nancy respirer l’air des Lumières, maintenant au service d’une République jamais acquise, toujours à inventer.

Daniel Gabriel

Conseiller Fédéral