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   Message de Jean Desmarès en l'église des Invalides le 12 mars 2008 

 

 "Nous venons ici, à l'Eglise des Soldats, dans l'Hôtel National des Invalides, avec dans le coeur une émotion difficile à décrire, car nous sommes "Les Fils et les Filles de ceux qui sont Morts pour la France".         

Nous sommes ici parce que, dès 1927 -1928, de jeunes Orphelins de Guerre de 14/18, souvent encore mineurs, ont voulu faire vivre le Souvenir de ceux qui, dans la tourmente de la Grande Guerre, ont fait le sacrifice de leur vie pour, non seulement défendre leur Pays mais aussi défendre leurs villes, leurs villages et surtout leurs familles.       

Ces jeunes Orphelins de Guerre avaient la Foi dont on dit qu'elle soulève les montagnes! Ils avaient également cet élan intérieur, cette imagination et parfois ces illusions que donne la jeunesse ! De nouvelles générations, hélas, sont venues se joindre à ces ouvriers de la première heure... et notre mouvement est bien vivant aujourd'hui.          

Nous sommes non seulement les héritiers spirituels de nos Pères mais également les témoins de l'histoire de nos familles tant meurtries par ces guerres du XXème siècle qui ont ensanglanté l'Europe et le Monde !      

Tous, Orphelins de Guerre et Pupilles de la Nation, nous avons reçu l'apprentissage de la vie dans des conditions exceptionnelles et n'avons rien oublié de notre enfance, de notre jeunesse. Nous sommes dans notre pays les tenants de la mémoire !
   
-Nous témoignons ce matin au nom de tous ceux et celles qui, à nos côtés, depuis 80 ans, ont été les militants ou les dirigeants de notre grand mouvement qui a compté jusqu'à plus de 120 000 adhérents au début des années 50. 
 


Nombre d'entre eux nous ont quitté et nous gardons le souvenir de ces visages amis que nous ne reverrons plus. Nous parIons d'eux très souvent: ainsi nous avons l'illusion qu'ils sont encore des nôtres !


- Nous témoignons pour le respect des tombes de nos Morts, de tous les Morts: profaner un cimetière est un acte lâche qui insulte toute l'humanité !

- Nous témoignons pour nos Mères, veuves de la guerre, qui ont évoqué pour nous avec tant d'amour le visage, les attitudes familières et la tendresse du compagnon de leur vie trop tôt disparu ! Et elles nous disaient quand nous étions petits: "ton Père a dit, ton Père a fait... Si ton Père te voyait...".    

Nous n'oublierons jamais cette brume dans les yeux de nos mères quand elles se retenaient de pleurer devant nous. Mères d'orphelins, veuves de la guerre qui, hélas, ne sont plus et que vos enfants ont tant aimé, soyez bénies. 

- Nous témoignons pour nos Pères car les Morts pour la France ne sont pas des morts comme les autres: "leur mort affecte et concerne non seulement leur famille charnelle mais la collectivité nationale tout entière. Leur mémoire est un élément essentiel, déterminant, de l'esprit et du coeur d'un grand peuple; elle fait partie de son patrimoine spirituel".       

Pour nous, chers amis, à l'aube de notre vie, ce père n'était souvent qu'une photo barrée d'un ruban de crêpe noir et d'un autre tricolore et, si nous étions croyants, une évocation dans nos prières... Nous étions parfois si petits !       

Ce père, héros disparu de nos rêves d'enfants, nous l'avons idéalisé, il était présent comme une autorité tutélaire dont notre mère était la gardienne.     

Puis nous avons un jour découvert son nom gravé dans la pierre de nos Monuments aux Morts et nous avons effectivement compris qu'il n'était pas un mort comme les autres puisqu'il faisait partie de cette longue cohorte dont les noms forment, de Cités en Cités, comme une longue litanie héroïque de la mort !      

Tous ces hommes, sous l'uniforme ou sans uniforme, dans la boue des tranchées, dans l'ombre de la Résistance ou dans l'horreur des camps, ont accepté le déterminisme qui les reliait aux plus hautes valeurs. Ils ont pris conscience, en combattant, du prix de la Liberté et de l'importance des traditions patriotiques.      

Au nom de cette Liberté, tant d'hommes et de femmes de notre pays ont su accepter le sacrifice suprême, "avec une prodigalité qui nous glace d'effroi et une générosité qui nous dépasse et nous transcende".

 

Un de ces hommes, dont l'image est gravée à jamais dans mon coeur, écrivait en 1939 à ses deux très jeunes enfants de 2 et 4 ans : 

 "Les guerres sont tristes, dures, amères, mais l'on peut en revenir: Si j'y reste, songez que c'est pour défendre votre liberté future et la terre où vous êtes nés. De toute mon âme, de tout mon coeur je vous embrasse et vous serre contre moi."
Il n'est pas revenu - Mort pour la France en 1940 !

 

 Alors, au nom de tous ces hommes et de toutes ces femmes, au nom de tous nos Pères, sur cette terre de France, terre privilégiée où sont nées les plus belles pensées, d'où se sont levées les plus nobles idées, sur cette terre de France chérie de Dieu, un souffle - ténu certes mais combien vivant - est apparu il y a 80 ans afin de témoigner pour la Paix et pour la Liberté.     

Les Fils et les Filles des Morts pour la France ont voulu faire vivre la voix de ceux qui étaient sans voix, de ceux qui n'étaient plus là, qui laissaient leurs familles mutilées et qui ne verraient pas grandir leurs enfants !      

Les Morts restent vivants dans le coeur de ceux qui se souviennent et "si nous n'étions pas frappé au plus profond de notre coeur par leur exemple, alors, vraiment, le sacrifice des Morts pour la France n'aurait aucun sens." Et ils seraient vraiment morts...         

Ne pensez-vous pas, vous tous et vous toutes, ici rassemblés en ce jour anniversaire, qu'il nous fallait évoquer, en même temps :

- Le Souvenir qui est notre engagement de chaque jour,

- La Mémoire qui est notre devoir pour demain,  et sans oublier, chers amis, la grande idée de Liberté et notre espérance pour voir un jour la Paix régner dans le monde.      

C'est unis dans le même amour filial que, tous ceux qui croient au ciel et tous ceux qui n'y croient pas, sont venus ce matin communier dans le Souvenir des Morts pour la Patrie. Nos âmes frissonneront et d'un même élan nos coeurs s'uniront tout à l'heure quand, dans le grand silence de cette Eglise des Soldats, retentira le clairon de la Sonnerie aux Morts.      

Ainsi sommes-nous, ainsi nous resterons, fidèles à ce qui nous engage pour l’avenir de cette Patrie qui est et restera toujours la terre chérie de nos Pères.