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    PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

 

 

Les vieux de mon pays

Comme le voulait l'usage,

Ils avaient fait leurs nids

Dans mon petit village

C'étaient des braves gens

Qui avaient peu d'argent.

Ils s'app'laient Mathurin

L'Auguste ou l'Cyprien,

N'étaient ni beaux, ni laids

En sabots, ils marchaient.

  

Tenaces et obstinés

Ils aimaient leurs labours

Sur leur terre accrochés

Comme on aime d'amour

C'est d'une main noueuse

Qu'ils flattaient la charmeuse

Et hue! vas-y ma belle!

Au chant d'un' tourterelle

Retournant les billons

Creusant un droit sillon.

 

             

Recrus, mais bien heureux

S'en retournant chez eux

Leur épouse avenante

Touillait dans le chaudron

Une soupe fumante

Au bon lard du cochon

Et le quignon de pain

Polissait l'écuelle

Ils trouvaient la vie belle

Les vieux de mon pays.

         

      

Puis la guerre est venue

Laissant femme et enfants

Endossant leur tenue

Ils ont quitté leurs champs

affronté la mitraille

Qui déchire les entrailles

Dans d'immondes tranchées

 se sont fait asphyxier. 

          

Baptisés « Gueules Cassées»

On a mis au revers

De leurs vareuses usées

Une belle croix de guerre

A ceux qui sont rentrés ...

  

    
 
  

    

         

En retrouvant leurs champs

C'n'était plus comme avant

La glèbe à leurs sabots

Comme un puissant aimant

Les soudait à leur sol

C'n'était plus comme avant

Dans leurs yeux embrumés

Les creux de leur sillon

Devenaient des tranchées

D'où montait une odeur

A soulever le cœur.

    

 

Traînant les souvenirs

D'un angoissant martyr

Ils n'aimaient plus d'amour

Les creux de leurs labours

Tristes et solitaires

Ils préféraient se taire ...

Les vieux de mon pays...

  

                              Bernard Lécuyer, Pupille de la Nation 

Tous droits réservés  

  

Texte :

Bernard LECUYER

Musique Originale :

Michel BONNASSIES