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AVANT LA DEUXIÈME GUERRE  MONDIALE 

 

A mon vieux copain Jean-Claude Lasserre grand spécialiste du Béarn et d'Orthez 
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Le Béarn, province de FRANCE 

(Piémont pyrénéen au sud des Landes de Gascogne) 

 

"D'or aux deux vaches de gueules, accornées, colletées et clarinées d'azur, passant l'une sur l'autre" 
"Les deux vaches symbolisaient la richesse du Béarn. Elles firent leur première apparition sur la monnaie du Béarn, avant Gaston Fébus, au XIII°s. La monnaie béarnaise a longtemps été appellée la "baquette", à cause des vaches. Elle avait cours en dehors du Béarn". 

 
I - Les origines du Béarn  

« Au début étaient les Vaccéens. Ce peuple celtibère vivait vers les sources du Douro. Il fut soumis par les Romains en -100 et fut ensuite repoussé vers le Nord par la pression des Wisigoths. Dès lors, les Vaccéens en errance choisirent de nouvelles terres d'élection : ce furent les pays situés au pied des Pyrénées qui correspondent à ce que sont aujourd'hui
la Navarre, le Nord-Aragon, le Béarn et la Bigorre
 ». 
  
 « Sur le versant septentrional des Pyrénées, les Vaccéens s'adaptèrent à leur nouvel environnement... Quant au symbole des Vaccéens, il fut conservé et devint familier au pays ; c'est tout naturellement qu'il fut adopté par Louis Le Pieux, fils de Charlemagne, lorsque celui-ci érigea le Béarn en vicomté héréditaire au IXème siècle : Entendez sur fond jaune doré, deux vaches rouges aux cornes, au collier et à la cloche bleue. »
 
Patrice de La Condamine dans "Histoires en drapeaux et blasons - Cinq pays Pyrénéens" (Ed. par l'auteur - ISBN 2-9519229-9-X - 64490 Cette-Eygun -)

 

 

II – Orthez centre culturel à la fin du 14ème siècle

 « Ortès Succéda à Morlaàs comme capitale du Béarn du XIIIème au XVème siècle. Gaston Fébus y entretint une cour fastueuse. Orthez la rebelle défiera les rois de France, d'Angleterre et d'Aragon avec l'arrogance d'une expression béarnaise rentrée dans l'histoire: "Toquoy si gaouses", soit : "Touches-y si tu l'oses." »   "Le Guide du Béarn" de Louis Laborde-Balen - Ed La Manufacture - 


 Fondée par Gaston III dit Gaston Phébus (ou Fébus) au 14ème siècle (1331-1391), il sécurisa la région, de l’Ariège aux Pyrénées Atlantiques, en bâtissant plusieurs places fortes dont celle de Moncade. 

  

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La Tour Moncade restaurée était une place forte à l'époque de Gaston Fébus au XIVème   

 

Parlant plusieurs langues dont le latin, il y attira la fine fleur des chroniqueurs de cette époque: Jean Froissart (1) aima y séjourner de fin novembre 1388 à fin février 1389, certainement pour profiter de la douceur de l’hiver béarnais et pour y déguster confits de canard, foies gras et jambons  « dits de Bayonne».
   
 

Jean Froissart, un rien courtisan, disait de  Fébus :
  
 “J’ai vu bien des chevaliers, des rois, des princes. Mais jamais je n’en vis qui fut de si magnifique stature et de si merveilleuse prestance. Son visage était très beau, coloré et rieur. Ses yeux étaient verts et amoureux. En toutes choses il était parfait. Il aimait ce qu’il devait aimer, haïssait ce qu’il devait haïr. Il était aimable et accessible à toutes gens et il leur parlait doucement et amoureusement. Mais dans son courroux nul n’avait pardon.”


  
Homme d ‘état avisé et, à sa manière humaniste, Gaston III, permit à beaucoup de Béarnais de devenir des hommes et des femmes libres 400 ans avant la déclaration des droits de l’homme du 4 Août 1789.« Vers 1385, Gaston Fébus, seigneur de Béarn, qui connaissait ses intérêts, en affranchit (les serfs) moyennant quelques dizaines de sols morlaans, la monnaie locale. Il fit faire en 1385, pour bien maîtriser la situation, un état des lieux, que l’on appelle le Dénombrement de 1385, dans lequel il est dit, après avoir demandé le recensement des «foecs» (des feux, c’est à dire des foyers)  de Béarn ».
 
 
 

Ce recensement de 1385 est une mine de renseignements  pour les chercheurs en Généalogie. Pour Gaston Phébus c’était le plus sûr moyen de  connaître le nombre probable  de soldats dont il pouvait disposer.


Bien qu’homme de guerre de talent mais diplomate avisé, Phébus évita à la région les ravages de la guerre de cent ans qui aboutît  à l’extermination d’une grande partie des populations civiles en Guyenne.
  
 Fin lettré Il rédigea un traité cynégétique qui reste la plus ancienne référence écrite en français : Le livre de la Chasse rédigé à ses moments perdus est toujours aujourd’hui l’évangile pour les  veneurs et le savant Buffon l'utilisera à la fin du XVIIIème siècle. Il servira également de manuel d’histoire naturelle jusqu’au XIXème.C’est au cours d’une chasse à l’ours à l’Hôpital-d’Orion « à deux petites lieues d’Orthez » que Gaston III mourut victime d’une apoplexie le 1 août 1391.

          
 Orthez, ville étape des «jacquets», pour les pèlerins venant du Puy ou du Nord de l’Europe et se rendant à Saint Jacques de Compostelle, Gaston Phébus y créa fort opportunément  un péage (2) au passage du gave sur le pont fortifié.Les pèlerins qui tentaient l’aventure par un gué en amont de la ville, à Biron, disparaissaient parfois emportés par le courant. 
   
 
 Au XVIème     siècle, Jeanne d'Albret, mère d'Henri IV, fonda à Orthez une université qui se voulait l'égale de celle de Genève. 

  
 

III  - Le  Béarn martyrisé

Oubliant la sagesse toute relative de Phébus, à la fin du 17ème, tout le monde, catholiques et Protestants,  s’entre-tua: Les suppliciés étaient jetés du haut de la tour du pont d’Orthez en direction des rochers en contrebas garnis de pieux aux pointes acérées accélérant ainsi leur passage de vie à trépas.



Plus tard, après la révocation de l’Edit de Nantes, Louis XIV y envoya ses Dragons !    

IV  – Salies de Béarn ville thermale depuis l’Antiquité
 
 
 

« Surnommée "la Venise béarnaise" car l'eau a eu de tout temps une importance primordiale dans l'histoire de Salies, depuis qu'elle naquit autour d'une fontaine très salée.Du sel de la source, Salies tira son nom, sa fortune et son renom. Nombre de légendes y sont rattachées. La présence humaine remonte, ici, loin dans la nuit de l'Antiquité, depuis l'âge de bronze, quelques 3500 ans av JC.Salies était également connu pour son important quartier cagot. (3)»   "Le Guide du Béarn" de Louis Laborde-Balen  - Ed La Manufacture -



 Place du Bayaa à Salies figure un monument rappelant la légende de la découverte du sel à Salies, une tête de sanglier avec la mention en langue béarnaise qui est devenue la devise de la ville :

"Se you nou y eri mourt, arrès n'y bibéré"
« Si je n’y était pas mort, personne n’y vivrait » 

Des chasseurs poursuivant un sanglier, l’auraient retrouvé dans un marais, couvert de sel et la place du Bayaa serait ce lieu. 

Aujourd’hui on sait que l’épaisseur du gisement de sel est de plusieurs centaines de mètres !   

C’est sous Henri III, Roi de Navarre, que les Salines furent définitivement attribuées aux familles de la ville, «les Part-prenants», le 11 novembre 1587, propriété toujours transmise à l’aîné de la famille exclusivement, fille ou garçon, de génération en génération à condition qu’il réside dans la ville.



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Les Salines au XVIII ème siècle, place du Bayaa

(Au signal convenu les adjudicataires se ruaient dans l'eau pour récueillir un maximum d'eau salée)

  

Au cours de la Révolution après 1789, les remparts de la ville furent démantelés… enrichissant très rapidement et durablement l’entrepreneur de cette démolition !   
 


V – Les Collines au nord d’Orthez, Il y a plus de vingt siècles  
 
Lieux stratégiques bien avant l’époque gallo-romaine, deux Oppidum existent sur cette  ligne de crêtes, l’un au village de Saint Boès, le « Camp Romain », l’autre sur la commune voisine de Bonnut.

Ils surplombent la voie romaine qui parcourt la plaine du gave d’Est en Ouest d’Orhez à Puyoo.    
 

« Le village de Saint-Boès est mentionné en 1290.
Situé aux confins des Landes. »…
« S'y trouve  une source froide dite de Mounicq, bi-carbonatée, sulfurée et bitumineuse à l'action thérapeutique très diversifiée. »  "Le Guide du Béarn" de Louis Laborde-Balen -  Ed La Manufacture
  
Après la 2ème guerre mondiale, cette source devint la propriété d’un pharmacien de Dakar au Sénégal (Afrique Occidentale Française) qui la commercialisa sous l’appellation d’Eau de Saint Boès.

A cette époque cette eau sulfureuse était efficace pour guérir certaines dermatoses par application locale : Cette lotion avait cependant l’inconvénient de sentir l’œuf pourri ! 
 
 
Le village de Saint Boès a la particularité de comporter une ferme « Saubetat » dont le nom traduit en Français signifie «Sauveté» : 

« La Saubetat, c’est-à-dire La Sauveté, le V devenant B en Béarn, comme les Vascons y sont devenus les Bascons, les Basques". «Les sauvetés étaient, avant les villes franches, bâties comme des lieux privilégiés pour attirer de nouveaux habitants de régions peu peuplées, mais autour de l’église ou de l’abbaye. La «sauvegarde» était assurée par « la paix de Dieu », c’est-à-dire que ceux qui attaquaient une sauveté risquaient l’excommunication, et leurs âmes auraient erré dans ce bas monde pour l’éternité. »

D’après un auteur anonyme sur Internet se référant à Louis Laborde-Balen, Simin Palay et Michel Grosclaude, Roger Lapassade : Les spécialistes du Béarn 
  

  
VI – Quelques proverbes béarnais  

« Béarnés, féau y courtés » :  Béarnais, fidèle et courtois. 
  

« Hilhe de boune maysou
Ha la camise mey loungue que lou coutihou »:

"Une fille de bonne maison
a la chemise plus longue que le cotillon".
Une jeune fille BCBG en quelque sorte!
 




"Béarnais qui suis-je? Peu si je m'estime, beaucoup si je me compare"  

Devise "attribuée" à Gaston Phébus 


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 Jacques Monbeig-Andrieu


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 (1) Jean Froissart : Né à Valenciennes vers 1337, qui a été secrétaire de la reine d’Angleterre, est le « reporter » des évènements se déroulant en Europe à son époque. Il écrit « Les Chroniques », 4 tomes relatant les faits historiques de la première moitié de la Guerre de Cent ans.


(2) Péage :
Ce droit de passage était contraire à la tradition qui à cette époque permettait la libre circulation des biens et des personnes dans toute l’Europe.


(3) Cagot : Désignait au Moyen-âge dans le Sud-ouest de la France des malades qui développaient  diverses affections chroniques de la peau inspirant la peur de la contagion et pouvant expliquer la mise à l’écart de la société de ces populations. En Béarn et en Navarre, des lois spéciales frappaient les cagots.  

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