DEUXIÈME GUERRE MONDIALE  

 

 

   

Active dans le mouvement asso­ciatif où elle fait preuve d'une grande compétence. 
  
Avec le recul du temps son engagement courageux durant la guerre vaut d'exemple. 

 

   « Un jour de septembre 1942, mon père Michel TORRENT membre du réseau "GALLlA" (agent de renseignement PI n° BP 351050) eut besoin de mon aide. Très fatigué il ne pou­vait se déplacer pour un rendez-vous au cours duquel il devait remettre d'importants documents.
 

Il me demanda donc d'y aller à sa place en m'expliquant ce qu'était la Résistance (mot que j'entendais pour la première fois) son engagement, les risques que l'on pouvait encourir et sur­tout qu'il fallait garder le silen­ce le plus complet sur notre action vis-à-vis de tous et de tout le monde (famille, amis, camarades de classe, etc.

    

Profondément patriote, j'étais moralement prête car j'avais connu l'occupation allemande à ST-MALO où nous habitions avant de venir nous réfugier chez mes grands-parents à Perpignan, l'entrée des alle­mands dans la ville, les bom­bardements, les contraintes endurées, la fuite vers la zone libre, le passage de la ligne de démarcation à Langon.

 

Pour moi, il était tout à fait normal d'accepter car nous n'avions qu'un but, c'était de chasser les allemands de notre patrie, et c'est fière de la confian­ce que mon père m'accordait, que je suis allée au rendez-vous à sa place et c'est ainsi que je suis, entrée dans la Résistance à l'âge où les petites filles jouent à la poupée. (J'avais 12 ans, 4 mois et 17 jours)

 

   

Je suis devenue l'agent de liaison de mon père, trans­portant les mes­sages dans un atlas que j'échangeais contre son jumeau dans un jardin public situé près de mon école à la gare. Je codais et déco­dais les messages, camouflant les codes et documents dans les roseaux ser­vant de tuteurs aux pieds des tomates du jardin, accompagnant mon père à LAS ILLAS lorsqu'il effectuait le pas­sage en Espagne de personnes envoyées par le groupe "Libération" de la Vienne. Les passages se faisaient les nuits sans lune. En attendant les jeunes étaient hébergés à la maison. Dans ces passages, on comptait aussi de nombreux réfractaires au S.T.O.

   

Lorsque sur dénonciation mon père a été arrêté par la Gestapo sur son lieu de travail le 2 mars 1944 « aux Dames de France », j'ai été immédiatement avertie par la Directrice de mon école qui m'a demandé de rentrer chez moi.

 

J'ai brûlé, ainsi que mon père me l'avait demandé s'il lui arrivait malheur, tous les docu­ments se trouvant à la maison et j'ai informé un des membres du réseau (qui s'est chargé d'in­former les autres) les sauvant ainsi d'une arrestation certai­ne et facilitant leur fuite.

   

Engagée sans complexe et même dans l'enthousiasme, nourrie d'espoir, malgré les obstacles et convaincue du succès final, je ne regrette rien, au contraire, je suis fière d'avoir été du "bon côté", fière du devoir accompli, fière d'avoir contribué à rendre à la France la Liberté.

  

Toutefois, il restera en moi une plaie qui jamais ne se cicatrisera. J'ai perdu mon père, mon complice, mon guide. Arrêté et torturé, il a été déporté et a disparu à Flossenbürg dans un four crématoire le 17 novembre 1944. Il avait 36 ans et moi 14.

 

Je n'ai pas encore réussi à faire mon deuil de la disparition de mon père et je sais maintenant que je ne le ferai jamais. »