Voyage sur les champs de bataille

de la Première Guerre Mondiale

du 7 au 10 avril 2009 


La Première Guerre Mondiale fut une guerre totale. En effet, de 1914 à 1918, elle a mobilisé non seulement les soldats mais aussi la politique, l'économie et la société. Pendant ce conflit, environ 10 millions de soldats sont morts et le nord-est de la France a été très durement touché, ce qui explique notre voyage sur les traces de la Première Guerre Mondiale de Verdun à Péronne en passant par Reims.

1ère journée

Nous sommes partis de Eu vers 12h30 et sommes arrivés à Saint Mihiel vers 18h00.

2ème journée

Nous avons quitté l'auberge de Saint Mihiel en début de matinée pour découvrir le champ de bataille de Verdun. Cette bataille fut terrible. Elle commença le 21 février 1916 pour s'achever en décembre de la même année. Le constat est horrible: plus de 700 000 hommes ont trouvé la mort dans ces tranchées et surtout cette effroyable boucherie s'est achevée sans vainqueur et sans vaincu.

Sur place, même près de 100 ans après ce carnage, le sol porte toujours les stigmates de cette bataille terriblement meurtrière. Plusieurs collines ont été éventrées, certaines ont même totalement disparu, laissant place à des trous béants de plus de 15 mètres de profondeur. La visite des tranchées qui sont très exiguës, inconfortables et insalubres, parviennent à nous faire réellement imaginer à quel point les conditions de vie des Poilus étaient effroyables:

·Ils pataugeaient dans le froid, la boue,

·Ils étaient en proie aux rats et à toutes sortes d'épidémies qui se développaient suite à cette situation de précarité extrême (la grippe espagnole notamment) De plus, nous avons pu voir à quel point les soldats allemands et français vivaient dans la promiscuité. En effet, certaines tranchées ennemies ne se trouvaient qu'à 5 - 6 mètres de distance, ce qui veut dire que les soldats pouvaient se retrouver face-à-face avec leurs ennemies et les entendre parler.

Même si les souffrances physiques qu'enduraient les soldats étaient terribles, le pire était sans aucun doute, la souffrance psychologique qu'ils éprouvaient. En effet, ils étaient confrontés en permanence à la mort :
·D'abord à cause de la présence des soldats morts suite à un assaut et qui n'avaient pu être enterrés. Ces soldats pourrissaient donc dans les tranchées.
·Ensuite à cause des bombardements ininterrompus qui pouvaient à tout instant leur ôter la vie. On estime à 30 millions le nombre d'obus qui ont été lâchés sur Verdun.
·Enfin, la mort était également présente par le biais des assauts qui pouvaient être lancés à tout moment et dans lequel chaque soldat pouvait trouver la mort.

La visite du champ de bataille nous permet de mieux nous rendre compte des terribles conditions auxquelles étaient confrontés les soldats et à quel point cette guerre était inhumaine. De plus, la visite de lieux tels que Verdun, à la fois chargés d'histoire et d'émotion, est un formidable moyen pour nous de prendre conscience que la guerre est un terrible fléau cela nous sensibilise: il ne faut pas oublier les tragiques évènements qu'ont été ces 2 guerres mondiales, sous peine de nouvelles effusions de sang à venir. Enfin, la visite du fort de Douaumont nous a appris à quel point le comportement des Français a été héroïque, luttant jusqu'à l'épuisement face à la supériorité de l'armée allemande.

 3ème jour
 
Nous avons visité la cathédrale de Reims, édifiée au XIIIe siècle et véritable joyau du siècle des cathédrales. Elle est très impressionnante de par notamment sa hauteur vertigineuse, par ses vitraux très colorés et ses nombreuses gargouilles et statues, et par son histoire.

 C'est dans la ville de Reims que Clovis a été nommé Roi des Francs, unifiant ainsi pour la première fois la France. C'est dans la cathédrale de Reims que les rois de France étaient sacrés.

 L'après-midi, nous avons été visiter le site du Chemin des Dames et la Caverne du Dragon.

 Le Chemin des Dames est une crête culminant à 200 mètres et surplombant de chaque côté une vaste plaine. C'est un endroit stratégique car quiconque en contrôlait l'accès, était supérieur à son ennemi car il pouvait voir tous les déplacements de ses adversaires et ainsi répliquer plus facilement à toute offensive adverse.

 Au cours de cette bataille, environ 200 000 hommes ont trouvé la mort mais le résultat a été significatif. En effet, les soldats français ont réussi à repousser les Allemands.

 Par la suite, nous avons visité la Caverne du Dragon, qui est une carrière d'environ 10 hectares. Elle était sous les commandements des Allemands mais elle a été reprise par les Français à la fin de l'offensive sur le Chemin des Dames. 

Cette caverne avait été aménagée; on y trouvait des dortoirs, un hôpital, un entrepôt à munitions et même un cimetière où les Allemands enterraient leurs morts.

Cette caverne est le témoin de cette vie parallèle qui se déroulait alors sous terre. La religion était très présente. Les soldats utilisaient leur peu de temps de repas pour confectionner toutes sortes d'objets, à partir de douilles d'obus notamment.


Dernier jour

Nous avons terminé notre séjour par une visite du Circuit du Souvenir de la bataille de la Somme. C'est un lieu très émouvant, parsemé de multiples cimetières, qui sont les vestiges d'un véritable drame: environ 1 million 50 mille soldats surtout britanniques et membres du Commonwealth (Canada, Nouvelle Zélande, Australie, colonies ... ) ont trouvé la mort dans ce véritable cimetière à ciel ouvert.

Ce lieu est donc émouvant, d'une part à cause de son histoire tragique et du fait de ses très nombreux cimetières. Tous ces cimetières sont remarquablement entretenus. Ce sont des concessions qui appartiennent aux pays des défunts. L'entretien incombe aux Britanniques et au Commonwealth, ce qui rend la visite encore plus véridique.

 

 

Le mémorial de Thiepval ne laisse pas indifférent. Il porte les noms de 73 159 soldats britanniques et du Commonwealth disparus au cours du conflit et dont les corps n'ont pas été retrouvés ou identifiés. La seule vision de ces noms qui ne représente pourtant qu'une infime part des pertes humaines qu'a engendrée le conflit, nous fait encore plus comprendre à quel point cette guerre était une abomination et une horreur.

 

Nous avons fini la journée par la visite de l'Historial de Péronne, musée très bien conçu. Ce musée comporte différentes salles qui sont toutes classées par thèmes:

 

·Les modèles politiques européens

 

·Les nationalismes qui ont conduit à la guerre

 

·Les civils pendant la guerre

 

·Les conditions de vie des soldats sur le front

Toutes les salles sont très équipées avec énormément d'objets et de vestiges mais aussi avec des documents audiovisuels qui retracent au mieux l'atmosphère du conflit et les causes qui l'ont déclenché. Grâce à ce musée, nous avons une vision d'ensemble du conflit; rien n'est oublié, de l'avant-guerre à l'après-guerre.

 

Ce voyage a été très intéressant dans de nombreux domaines. Tout d'abord, il nous a donné l'occasion d'acquérir de plus amples connaissances historiques sur le conflit grâce à tous les champs de bataille et musées visités. Ensuite, visiter les lieux de conflit nous a permis de mieux ressentir ce qu'ont vécu les Poilus: toutes les conditions inhumaines qu'ils ont subies, et la présence permanente de la mort à laquelle ils étaient continuellement confrontés.

Enfin, et c'est peut-être le plus important, la visite de ces lieux chargés d'histoire permet de nous enrichir humainement. En visitant tous ces cimetières, ces champs de bataille, ces lieux théâtre d'une histoire tragique, nous avons pu prendre encore plus conscience de l'abomination du conflit. En effet, 10 millions de soldats dont 80 % avaient moins de 40 ans ont été massacrés à cause d'un jeu d'alliance entre états.

Comme Paul Valéry nous avons pu nous rendre compte à quel point les civilisations pouvaient être « mortelles» et c'est maintenant à nous d'agir pour que plus jamais une telle horreur ne puisse se reproduire.  

Benjamin Walz

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QUATRE  JOURS  ARMES DE SOUVENIRS

 

 

Après quatre heures et demie sur la route nous sommes arrivés à Saint Mihiel. Nous avons dîné et dormi à l’auberge de jeunesse.

 

  

Le deuxième jour, nous sommes partis pour Verdun où nous avons visité le fort de Vaux.

 

  

C'est l'un des plus petits forts. Il fut construit de 1881 à 1884 et renforcé à partir de 1888 avec le bétonnage de la caserne, des voûtes de communication des caponnières et des voûtes de l'entrée. Le fort est démilitarisé en 1915. Le fort de Vaux voit sa garnison supprimée, ses deux casemates de Bourges désarmées. Les forts, selon l'Etat Major seraient devenus inutiles à cause des obus torpilles pouvant en perforer les cuirassements. Pourtant il était muni de remparts efficaces contre la progression de l'ennemi ...

 

l'Etat Major en prendra conscience un peu tard. En 1916 le fort est bombardé. La dissolution de la RFV par Pétain entraîne l'envoi d'une garnison fixe qui, du 2 au 7 juin 1916, sous les ordres du Commandant Raynal résistera à la 50ème division allemande. Assoiffée et ayant perdu tout espoir de voir arriver des renforts la garnison se rend. A partir de ce moment le fort va être pilonné par l'artillerie française. Le 3 novembre 1916 le fort est repris ... Jusqu'en novembre 1918, le fort de Vaux totalement réarmé gardera une importance dans la bataille.

 

 

Nous sommes ensuite partis pour l'Ossuaire de Douaumont. La bataille de Verdun eut lieu le 21 Février 1916.

En Décembre 1916 il Y eu pendant 300 jours et 300 nuits des combats acharnés et effroyables. Vingt six millions d'obus furent tirés par les artilleries soit six obus au mettre carré, des milliers de corps déchiquetés et environ trois cent mille soldats français et allemands portés disparus.

 

L'ossuaire garde en son sein les restes des soldats morts sur le champ de bataille afin de préserver leur souvenir. Le 22 Août 1920, la première pierre fut posée par le Maréchal Pétain, Président d'Honneur du Comité de l'Ossuaire. C'est le 7 Août 1932, qu'a lieu l'inauguration officielle par le Président de la République Albert LEBRUN.

 

 

Nous avons tout d'abord visionné une vidéo ayant pour thème "La vie du Poilu pendant la Bataille". Cette évocation nous invite à la réconciliation et à la paix.


 

C'était très impressionnant de se trouver aussi près de tous ces corps de soldats. Cet édifice est selon moi la représentation fidèle de la grandeur de la bravoure de ces fantassins. Ce monument surprenant l'est davantage lorsque nous voyions à l'intérieur de celui-ci le nombre considérable de noms gravés. C'est à ce moment là que l'on se rend compte de l'énormité de cette guerre.

 

 Après cette visite nous sommes allés voir la tranchée des baïonnettes. Selon la légende en Juin 1916, le 137e R.I.  s'apprête à lancer une attaque contre les lignes ennemies. Les hommes ont mis la baïonnette au canon car les munitions se font rares et les nuages de poussière soulevés par les bombardements allemands risquent d'enrayer les armes.

 

Tout à coup, alors qu'ils s'apprêtaient à franchir le parapet, un obus allemand explose à proximité et 57 hommes sont ensevelis vivants par l'explosion, la terre ne laissant dépasser que les pointes des baïonnettes de ces valeureux soldats morts, debout, face à l'ennemi

Camille Miel

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Compte rendu du voyage à Verdun 7-10 Avril 2009

« En vain le vent soufflant en rafales sur la plaine s'efforçait de balayer tout cela ... il arrivait à chasser les tourbillons de fumée qui s'élevaient de tous tas brûlant; mais il n'arrivait pas à chasser l'odeur de la mort.

 

«Champ de Bataille ai-je dis plus haut ». Non, pas champ de bataille, mais champ de carnage ».

 R. Jacob tué à Verdun en 1916
Extrait d'une des lettres écrites en 1915, à sa femme et ses trois enfants.

 

Notre première visite est pour le Fort de Vaux; en arrivant, nous voyons une sorte de colline, d'excroissance du sol recouverte d'herbes et de pierres, coincée entre deux fossés. Ce n'est qu'en visitant le Fort qu'on découvre son importance, aussi bien comme point stratégique que dans la taille; des grandes salles souterraines, des réseaux de couloirs et tout cela étendu sur plusieurs centaines de mètres.

Pourtant, c'est ce qui s'est passé dans ce fort qui a retenu le plus mon attention; apprenez l'Histoire dans les livres, vous saurez les dates, les positions géographiques du Fort de Vaux. Je n'y ai jamais lu que des soldats allemands et français s'étaient battu au lance flammes dans ses couloirs larges de un mètre, ni que les français, avec le siège ennemi, avaient été contraint de boire leurs propres urines. Des anecdotes sans doute effacées par l'honneur militaire de l'époque, mais qui nous reviennent près d'un siècle après les faits.

 

 Une dernière, plus légère: l 'histoire d'un personnage très courageux qui réussit à porter une dépêche aux troupes alliés en sortant du fort sous les tirs ennemis, qui parcourut 20 km sous les obus, les balles et les fumées acides et qui ,bien que blessé, réussit à délivrer son message.

Ce personnage, décoré après son exploit et surnommé « Le Vaillant» était un pigeon voyageur.

 

 

Vient la visite de l'Ossuaire de Douaumont; des crânes, tibias et autres os s'enlacent dans les profondeurs du monument. Quelques phrases du très beau film visionné avant la visite me reviennent: «Regardez-nous. Nous avions vingt, trente ans. Nous étions français, nous étions allemands, nous étions jeunes. Nous étions l'espoir. »

Dans l'Ossuaire, une exposition sur les combattants; ces derniers posent vingt, quarante, soixante ans après la guerre avec une photo d'eux lors de ces années: On a un visage détruit qui tient une photo d'un jeune homme pimpant et souriant .On voit encore une photo d'un étudiant aux yeux éclatants, tenue par un infirme aux yeux éteints.

De nombreux contrastes. Avant de partir rejoindre le bus, une question me vient; d'où vient la forme, peu commune, de l'ossuaire? les deux réponses de la guide m'interloquent: la forme est commune à celle d'un phallus « en action », et aussi à celle d'une épée plantée au sol. Plus tard, en étudiant le symbole de ces deux termes (pommeau de l'épée = paix, phallus = désir, avenir, force, futur) je comprends qu'associés, il représentent le désir d'un avenir de paix.

Nous partons visiter le monument érigé sur La Tranchée des baïonnettes. Une tranchée de terre érigée en l 'honneur des soldats morts dans les tranchées. La guide nous explique alors les deux controverses à propos de ces soldats: certains les croient morts ensevelis sous les tonnes de terre soulevées par les pluies d'obus, debout jusqu'à la fin, la baïonnette à la main. Des soldats d'honneur.

Pourtant on sait aujourd'hui que les corps retrouvés 4ans ces tranchées étaient ceux de cadavres accumulés là faute de moyens pour une sépulture décente, et que les pointes des baïonnettes émergeant de la terre venaient d'une vieille habitude des soldats de poser leurs engins contre le mur de terre. On comprend alors la polémique : L' honneur des soldats patriotiques contre les manques de moyens et l'incapacité du gouvernement de l'époque d'assurer des transports afin d'aider les combattants.

 

 

Tout l'après-midi est réservé pour visiter les sites de la rive gauche: seulement quelques noms et images me reviennent; les trous immenses laissés par les obus, encore visibles presque un siècle plus tard. Les ruines des villages disparus; Cumières, Vaux ...

On n'en voit aujourd'hui que quelques pierres témoignant de l'extrême violence du combat. Enfin, les tranchées sur la colline; les queues de cochon, des sortes de vis enfoncée dans le sol, et des rouleaux de barbelés séparant les tranchées allemandes et françaises reconstituées par une association.

 

J'essaie de voir la scène en 1915; A quelques mètres l'une de l'autre, les deux nations se sont détestées, insultées, elles se sont affrontées, et puis ça a été le calme de temps en temps. On entendait parfois les autres en face rire, parler et puis on s'est demandé si finalement il y avait une différence entre les hommes d'ici et ceux là-bas. On n'a pas pu y réfléchir plus, c'était la relève et de toute façon on ne demande pas aux soldats de penser à ces choses là, de peur de réaliser l'erreur immense qu'est la guerre.

 

C'est la fin de la première journée.

 

 

Le lendemain, nous sommes à Reims.

Un seul souhait, c'est d'aller voir un personnage bien connu de la France, qui se trouve, souriant, sur la voûte du parvis de la cathédrale.

 

Le mythe de l'ange au sourire n'est pas factice; malgré sa tête perdue dans les bombardements d'une autre guerre et sauvée grâce à un moulage, son sourire est toujours aussi mutin. Une déception: l'ange sort de l'enfer; noir de suie, il n'a plus qu'une aile.

Aucun rapport avec la guerre mais avec une pollution qui ronge la pierre; une nuée d'ouvriers s'affairent au houleux travail de restauration; une petite exposition dans l'église décrit leur méticuleux travail de fourmis; restaurer, laver, remplacer et blanchir tout ce qui est gâté par l'orgueil humain de la mécanique.

 

Vient la visite de la Caverne du Dragon près de Craonne; on demande encore pourquoi ce nom: le guide nous explique que la présence d'armes, aux sept entrées pouvait être comparé au dragon à sept têtes crachant le feu. En réalité, c'est la fumée sortant de l'une des grottes où étaient installées les cuisines qui a donné ce nom de légende.

 

La visite se poursuit sous terre: un peu claustrophobes, plusieurs frissonnent; nous sommes tout de même à 15 mètres de la surface! Les failles profondes, dans la roches du plafond, semblent me narguer: «pas d'inquiétudes à avoir, rassure le guide; elles sont régulièrement surveillées », et histoire de nous rassurer encore, il nous montre le puits d'évacuation avec sa lampe torche.

 

 

Nous continuons: au fil des galeries nous découvrons des vidéos, des images retraçant la vie des soldats qui ont vécu là où nous posons les pieds. Dans un endroit de la grotte, des fins lampadaires s'élèvent du sol, leurs flammes symbolisant les vies perdues lors des batailles dans cette grotte entre français et Allemands.

Autre part, une exposition d'armes, et puis une exposition des objets fabriqués par les soldats à leurs moments vacants: des pipes, des avions, des figures sculptées dans des balles ou des morceaux d'obus. Des petits morceaux d'espoirs, des points de repère pour retrouver leurs joies d'avant.

 

 

Nous partons Visiter une partie du Chemin des Dames. Histoire de culture générale, on demande encore ... la source du nom. Le chemin a été construit sur la demande des filles du roi Louis XV en 1785 afin de pouvoir y faire passer leur carrosse quand elles allaient voir leur dame d'honneur. Et moi, je pense à cela: un soir de 1917 où un disparu figurait sur les listes, tombé à l'un des assauts du Chemin des Dames; ce n'était qu'un soldat parmi tant d'autre, mais pour mon arrière-grand-père c'était bien plus.

 

C'était son frère, jumeau ... C'est une évidence tragique que son cas a été celui de millions d'autre soldats.

 

 

Le lendemain matin nous allons voir le mémorial de Péronne. Et je ne vois que des noms, des listes de noms, qui recouvrent cet immense bâtiment rouge et blanc. Du point de vue de l'arrière, la guerre devait être à cette image: des listes de frères, de maris, de cousins, de fiancés, de pères ....

 

 

Nous visitons ensuite l'un des champs de bataille près de Péronne, où la majorité des soldats côté français étaient des combattants canadiens volontaires. Un monument à leur intention est dressé, sous l'animal symbolisant leur pays; le caribou. On entre ici dans le caractère international de la première guerre mondiale, avec la dernière visite du très beau musée:

 

L' HistoriaI de Péronne; qui retrace l'économie, la culture, les gouvernements et les colonies des différents pays impliqués dans la guerre. Parce que cette guerre, et peu le savent, n'a pas impliqué seulement des soldats allemands, français, anglais et américains.

 

Des africains, des australiens, des indochinois, des néo-zélandais, des indiens ont combattu sous les différents drapeaux, et ont souvent été victimes du racisme et de rabaissement social; je repense au très beau film « Indigènes» de Rachid Bouchareb. Il y a encore trente, vingt ans, on ignorait quels rôles primordiaux avaient tenu ces populations dans ce qu'on appelait la «Der des Der ».

Ce musée leur rend hommage à sa façon. Une partie intéressante, ce sont les expositions de la cinquantaine d'eaux forte d'Otto Dix, retraçant l'horreur de la guerre avec un tracé torturé et oscillant.

 

Ce voyage m'a fait découvrir plus que ce que je ne pourrais apprendre dans tous les livres retraçant cette guerre. J'ai particulièrement apprécié les dernières visites; le fait qu'aujourd'hui, on ne considère plus cette période comme une magnifique victoire française ou un sacrifice humain glorifiant la guerre. Je considère, et ce voyage m'a conforté dans mon opinion, que la guerre a été une gigantesque manipulation des esprits avant d'être une lutte irraisonnée et mécanique, qui a provoqué la mort de millions de personnes.

 Cette guerre a blessé des multiples nations, pour des résultats insignifiants, cette guerre qui a tué et continue à tuer encore. Le paysage que l'on a pu observer à nos espaces vacants, dans le bus, ou dehors, nous semble banal, de simples champs et des forêts.

 Et pourtant, il y a toujours ces gouffres laissés par les obus, il y a ces piles d'obus que les amateurs ramassent et que l'on aperçoit dans leurs jardins, et il y a ces gerbes déposés aux endroits où ces promeneurs insouciants sautent, en marchant sur des munitions oubliées.  

 

Marie Douay