La Malpierre, lieu de héros anonymes

La Malpierre est une clairière de la Forêt de Haye qui ceinture au Nord-Ouest la banlieue proche de Nancy. C’est un vaste massif forestier situé sur un plateau allant de Nancy à Toul dans une large boucle de la Moselle.

En ancien français, la Haye désigne une clôture d’arbres et d’épineux qui s’entrelacent et qui est devenue dès le Moyen âge une zone de défense et une zone de chasse. Cette forêt sera considérée après 1870 comme un organe stratégique important pour la défense du camp retranché de Toul. La Malpierre serait alors le champ de tir du 26ème R.I. de Nancy.

 De 1941 à 1944, les Allemands y ont exécuté un nombre de résistants de la région estimé de 62 à 77, aucune liste nominative n’ayant jamais pu être établie avec précision. Un monument mémoriel y est installé depuis 1963 et chaque été, ont lieu d’importantes manifestations du Souvenir, et aujourd’hui, l’Association des Déporté, Internés, Résistants et Patriotes de Meurthe et Moselle (F.N.D.I.R.P) souhaite installer à La Malpierre une plaque nominative des victimes de la barbarie nazie. En effet, dans l’état actuel des recherches, 94 fusillés à La Malpierre ont été identifiés avec certitude, condamnés par le tribunal militaire de Nancy ou fusillés comme otages.

Dès 1940 s’est mise en place dans la région proche une filière d’évasion visant à permettre à des prisonniers de guerre évadés ou à des jeunes désirant rejoindre la zone libre d’y parvenir, mais le réseau sera dénoncé aux services de renseignements allemands.

Après un procès où les avocats français devront plaider en allemand, le fondateur du réseau, Alfred Gauthier, sera fusillé le 31 janvier 1941 et sera ainsi le premier d’une liste qui va s’allonger jusqu’en septembre 1944.

Dans cette liste, parmi les premiers fusillés figurent des résistants dits « communistes », surtout dans les secteurs sidérurgiques du département. Mais ce sont les autorités administratives françaises qui parlent de « résistance communiste », voulant ainsi faire passer les résistants, qu’ils soient adhérents au Parti Communiste ou pas, pour « des terroristes » ou pour des « communistes », ce qui était une façon de faire fonctionner la peur du « Rouge » dans l’opinion publique afin de dissuader les gens de rejoindre la « Résistance »… mais ça n’a pas été vraiment efficace…

La première forme de résistance consistera en une diffusion d’imprimés, mais au cours de l’hiver  1940-1941, elle va s’illustrer dans la préparation d’une lutte armée avec constitution de dépôts d’armes clandestines, armes récupérées sur la ligne Maginot, mais surtout en stockages d’explosifs, et là, les ouvriers mineurs de fer et bons connaisseurs en explosifs ainsi que les conducteurs de trains vont occuper une première place.

Une résistance qui va alors s’illustrer par toutes sortes de sabotages : destructions de transformateurs électriques, d’installations industrielles, d’infrastructures de communication et cela ira même jusqu’à une tentative d’attaque de la prison d’Ecrouves, près de Toul pour libérer les prisonniers…

L’année 1944 verra s’intensifier la répression des résistants dont on a fixé la moyenne d’âge entre 21 et 39 ans pour la majorité d’entre eux… sans oublier des mineurs et quelques quinquagénaires. Tous des hommes ! Pourtant, de nombreuses femmes ont contribué activement à la Résistance dans la majorité des groupes et de réseaux. Beaucoup passeront en justice mais ne seront pas fusillées, ce que semble-t-il, les Allemands n’imaginaient pas sur le sol français. Elles sont internées, déportées et beaucoup d’entre elles mourront en camp de concentration.

Pour résumer, à la Malpierre, 9 fusillés en 1941, 55 fusillés en 1942, 5 fusillés en 1943, 19 fusillés en 1944 = soit 64 formellement identifiés.

Voilà une partie de l’histoire lorraine pendant la Seconde Guerre Mondiale, une histoire souvent ignorée au niveau national mais que la mémoire locale entretient et cherche à faire connaître davantage et à transmettre aux générations qui suivent : PLUS JAMAIS CELA !

Daniel Gabriel