PREMIÈRE ET DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

par Jean Desmarès

Président honoraire de la Fédération Nationale

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"Un grand peuple sans âme n'est qu'une vaste foule"
                                       Alphonse de Lamartine

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Il y a 120 ans naissait Charles de Gaulle

 

1890

C'est en effet le 22 novembre 1890 que naquit Charles de Gaulle à Lille, au 9, rue Princesse, dans la maison de ses grand-parents maternels Jules et Julia Maillot.
  
Son père Henri de Gaulle, né le 22 novembre 1848, était professeur de littérature, de mathématiques et d'histoire à Paris, dans un collège religieux et affichait le plus souvent des idées monarchistes. Il se disait "monarchiste de regret" !
   
Ainsi naissait en cette fin du XIXème siècle, dans une famille bourgeoise traditionnelle, celui qui, à ce jour, est le dernier géant de l'Histoire de France !Charles de Gaulle était le troisième enfant d'une fratrie de 5 (4 garçons et une fille).
   
Il fut à Paris, élève des Assomptionnistes en primaire puis des jésuites au Collège de l'Immaculée Conception rue de Vaugirard, collège où son père avait fait ses études et où il était revenu comme professeur.
   
Il entre en 1909 à Stanislas en "Corniche", classe de préparation à l'Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr et intègre la promotion Fez au 119ème rang sur 221.Il a comme condisciple le futur Maréchal Juin !Charles de Gaulle choisit l'infanterie et, pour son année de troupe obligatoire pour les élèves de Saint-Cyr, demande à être détaché comme élève officier au 33ème régiment d'infanterie d'Arras commandé par le colonel Philippe Pétain.

A la sortie de Saint-Cyr en 1912 – au 13ème rang - il demandera à être affecté dans ce même 33ème régiment !

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De Gaulle à St Cyr
    
 

 1914
 
Le lieutenant de Gaulle se bat en août 1914 dans la Vème armée avec son régiment. Il est blessé dès le 15 août à Dinant en Belgique… En septembre 1915 il est promu capitaine. Le 2 mars 1916, à Verdun, blessé d'un coup de baïonnette, laissé pour mort, il est fait prisonnier. Il tentera sans succès de s'évader à cinq reprises et restera 32 mois en captivité ! Il sera libéré lors de l'armistice et rentrera en France le 3 novembre 1918.
    
     
Il sera affecté à sa demande en Pologne en 1919/1920 et participe à la lutte contre l'Armée Rouge.
 
Après l'Ecole supérieure de Guerre qu'il intègre le 3 novembre 1922 et dont il sort avec la mention Bien, il poursuit une belle carrière sous la protection de Philippe Pétain qui a reçu à Metz, sur le front des troupes, le 8 décembre 1918 son bâton de Maréchal de France des mains de Raymond Poincaré.
   
De Gaulle enseignera à Saint Cyr et rédigera de nombreux articles. En 1924 paraît son premier ouvrage "La discorde chez l'ennemi" et en 1932 il publie "Le Fil de l'épée" Une brouille s'installera entre lui et Pétain lors de la parution en 1934 de "Vers l'Armée de métier", un an après l'accès d'Hitler au pouvoir. 
   
Il affiche ses convictions nationalistes et un attachement à la vocation coloniale de la France :
   
«Les mille liens tissés entre la Métropole et ses possessions d'outre-mer ne cessent de se multiplier… et s'il nous est donné de poursuivre notre œuvre jusqu'à ce point du progrès où la sagesse vient aux élites et le loyalisme aux foules, on verra des populations, actuellement mal résignées, accepter franchement l'union. Mais, jusque-là, restons les maîtres, sous peine que tout soit perdu"

(In " Vers l'Armée de métier")
   
 
De plus, Pétain, comme l’ensemble du haut commandement militaire français, reste attaché dans les années 1930 à une stratégie défensive. Il est insensible aux théories de de Gaulle qui défend une stratégie de mouvement reposant sur l’utilisation d'unités de blindés…
  
Nommé Colonel en 1937, de Gaulle commande le 507e régiment de chars à Metz.

La rupture entre les deux hommes sera définitive en 1938 lors de la publication de "La France et son armée" que de Gaulle, refusant d'être le nègre de Pétain, signera de son nom !

 

1940

  
Après "la drôle de guerre", la Campagne de France de mai/juin - malgré la défense héroïque d'une armée française dépassée, mal commandée et le sacrifice de 100.000 soldats morts pour la défense de la France – verra  l'invasion de notre pays par les troupes allemandes.
   
Alors le destin de de Gaulle va se sceller au moment de cette tragédie nationale !
 
"A quarante-neuf ans, j'entrais dans l'aventure, comme un homme que le destin jetait hors de toutes les séries" 
                                                                              Charles de Gaulle
  


       
En effet, devenu général le 1er juin 1940, il est nommé sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale et à la Guerre par Paul Reynaud, président du Conseil.   

     
 
Le 17 juin 1940 il part de Bordeaux en avion pour Londres au moment où le Maréchal Pétain prend le pouvoir et demande l'armistice…Avec l'accord de Churchill, dès le lendemain 18 juin 1940, à 20h, il lance un APPEL à la résistance à la BBC !   
 
Il renouvellera cet appel à diverses reprises les jours suivants.Le 28 juin, le gouvernement de Churchill le reconnaît comme chef des "Français Libres" et le 14 juillet 1940 il passe en revue les premiers soldats des FFL qui défilent dans Londres.
 
Rebelle et accusé de désertion il sera condamné à mort par contumace le 2 août 1940 par un tribunal militaire de Vichy réuni à Clermont-Ferrand. En réponse, les britanniques ayant reconnu la France Libre le 7 août, le Général de Gaulle accuse les chefs militaires français de trahison en raison de leur collaboration avec l'ennemi !
   
Pour reconnaître et honorer ses camarades dans le combat, De Gaulle procède à la création de l'Ordre de la Libération en novembre 1940.
   

De 1940 à la Libération de la France, De Gaulle sera intransigeant face à Churchill et surtout à Roosevelt… Ces difficultés étaient dues à divers facteurs d'ordre politique et aussi à une aversion personnelle de Roosevelt à l'égard du général de Gaulle.


 

Churchill dira, évoquant le chef de la France Libre :« Ma croix la plus lourde, c'est la croix de Lorraine. »Il serait trop long de détailler ici le rôle éminent et les initiatives du général deGaulle pendant la guerre et son refus de se plier à tout ce qui aurait pu nuire à la place de la France Libre. Il voulait incarner la grandeur de la France.

"Face aux grands périls, le salut n'est que dans la grandeur"

(Mémoires de guerre)

 

Retenons simplement de cette dure période, l'organisation de la résistance intérieure de la zone sud lorsque Jean Moulin est parachuté en France en 1942…Le 18 juin 1942, s'adressant aux Français libres de l'Angleterre, ceux qui ont "la passion de la France" il prononce en conclusion les mots suivants :
« Alors, notre tâche finie, notre rôle effacé, après tous ceux qui l'ont servie depuis l'aurore de son Histoire, avant tous ceux qui la serviront dans son éternel avenir, nous dirons à la France, simplement, comme Péguy :

«Mère, voici vos fils, qui se sont tant battus».

Charles Péguy, tué à l'ennemi d'une balle en plein front le 5 septembre 1914 à Villeroy près de Meaux, lors des combats de la première bataille de la Marne, avait écrit…

"Mère voici vos fils qui se sont tant battus.
Qu'ils ne soient pas pesés comme Dieu pèse un ange.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange
Qu'ils étaient en principe et sont redevenus."


D.R.
1940 : à Londres

Pendant ces années londoniennes Charles de Gaulle met en place l'organisation de la Résistance en France et son unité. Il prend les dispositions nécessaires pour assurer, lors de la Libération, l'autorité du gouvernement national pour échapper à l'AMGOT (Allied Military Government for Occupied Territories) prévu par les américains : La France serait alors devenue un Etat administré par les vainqueurs !

Ainsi l'administration des départements libérés seront effectivement assurée par les français après le débarquement du 6 juin 1944.

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8 octobre 43 : De Gaulle, son nouveau prefet et les Corses chantent la Marseillaise

1944

De Gaulle débarque le 14 juin à Courseulles et impose la libération de Paris fin août 1944 par la 2ème DB commandée par le général Leclerc.
Le 25 août 1944 il s'adresse depuis l'Hôtel de Ville aux français …

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Paris Martyrisé

"Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !"
"Libéré par lui même, libéré par son peuple avec le concours des armées de
la
France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle.

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Paris libéré 


Eh bien ! Puisque l’ennemi qui tenait Paris a capitulé dans nos mains, la France rentre à Paris, chez elle. Elle y rentre sanglante, mais bien résolue. Elle y rentre, éclairée par l’immense leçon, mais plus certaine que jamais de ses devoirs et de ses droits…

Nous autres, qui aurons vécu les plus grandes heures de notre Histoire, nous n’avons pas à vouloir autre chose que de nous montrer, jusqu’à la fin, dignes de la France."

 

 


Les combats terminés, l'Allemagne nazie vaincue, de Gaulle, à la tête du gouvernement provisoire qu'il met en place, sait qu'il s'agit de reconstruire la France dans l'unité nationale… Mais, comme Churchill en Angleterre qui dès 1945 perd les élections et quitte le gouvernement, de Gaulle, en butte avec la politique des partis, quitte le gouvernement en janvier 1946.
Il s'opposera à la Constitution de la IVème  République adoptée peu après son départ et la critiquera vivement dans son fameux discours de BAYEUX en juin 1946.
 
Il est donc dans l'opposition et c'est la création du RPF en 1947… mais ce rassemblement ne rencontre pas au fur et à mesure des élections successives le succès attendu… C'est alors ce que l'Histoire appelle "La Traversée du désert" du Général qui se retire à Colombey-les-Deux-Eglises, et commence à écrire ses mémoires !


"Puisque tout recommence toujours, ce que j'ai fait sera, tôt ou tard, une source d'ardeurs nouvelles après que j'aurai disparu"

(Mémoires de guerre)

Mais rien n'est jamais fini…
Notre pays depuis 1954 est engagé en Algérie dans un conflit qui ne veut pas dire son nom mais qui en fait est une guerre où la France enverra le contingent…


1958

En mai 1958 une révolte à Alger des français d'Algérie qui réclament le retour de DE GAULLE au pouvoir oblige René Coty, Président de la République, sous la menace d'une guerre civile, à demander au Général d'accepter le poste de Président du Conseil.

De Gaulle accepte mais précise qu'il demandera à la France de modifier la
Constitution qui s'est révélée incapable d'assurer à la France la stabilité des Institutions.

La Paix civile revenue le Général fait approuver une nouvelle Constitution dès septembre 1958 : il est élu Président de la République.

La Vème   République était née… et le pouvoir exécutif deviendra stable sous l'autorité du Président de la République qui en 1962, par référendum, modifiera la Constitution avec l'élection du Président de la République au suffrage universel par tous les français !

Mais dès 1959, devant l'évolution de la situation, de Gaulle parle d'autodétermination du peuple algérien… et en 1961 il propose celle-ci par référendum : une large majorité se dégage et les français votent "oui" pour l'autodétermination ! Les partisans de l'Algérie française se lèvent contre cette décision mais leur putsch échoue : les négociations qui vont suivre avec le FLN aboutissent en mars 1962 aux accords d'Evian – accords confirmés par référendum !

Alors, les "Pieds-Noirs", au nombre d'un million, abandonnant leurs maisons, leurs biens et leurs tombes de famille, n'ont plus qu'à rentrer en métropole avec leurs souffrances et recommencer leur vie… et nous évoquerons pour mémoire l'abandon par la France des Harkis désarmés (dont seule une minorité pourra rejoindre la France) et le non respect par l'Algérie des accords les concernant ce qui aboutira au massacre de tant et tant de ces hommes considérés comme des traitres par le FLN !

La politique du Président Charles de Gaulle est connue… il n'est pas notre rôle ici de porter des jugements sur cette époque et disons que le Pouvoir politique s'accompagne toujours d'un Devoir d'ingratitude vis à vis des hommes et de décisions contradictoires et parfois difficiles à comprendre – Raison d'Etat oblige !

Cette politique, elle a pour nom, la Grandeur de la France, l'Indépendance nationale, la mise en œuvre de puissants symboles vis à vis du monde (Le Concorde, la Bombe atomique dès 1960 à Reggane, la sortie de la France de l'OTAN en 1966 mais avec le maintien de notre pays dans l'Alliance Atlantique…)

En 1968 une crise majeure organisée par les étudiants et relayée par une grève générale secoue la France. Pour calmer "le jeu", des avantages sont accordés aux salariés (Accords de Grenelle) mais beaucoup de choses changent dans la société française après ces évènements de mai 1968 dont le slogan majeur était "Il est interdit d'interdire"…


1970

En 1969 de Gaulle soumet un projet de régionalisation par référendum et n'obtenant pas l'accord des français (rejet de la réforme par plus de 52 % des suffrages) démissionne le soir même, estimant impossible de poursuivre sa tâche.
Il se retire à nouveau à Colombey et poursuit la rédaction de ses mémoires.
Le 9 novembre 1970 de Gaulle meurt subitement : la France se sent alors orpheline !
Il n'y aura pas de funérailles nationales conformément aux volontés exprimées par le Général dans son testament et il sera simplement enterré à Colombey-les-Deux Eglises. Les dirigeants du monde entier viendront lui rendre un dernier hommage à Notre Dame de Paris.
 

En 1969 de Gaulle soumet un projet de régionalisation par référendum et n'obtenant pas l'accord des français (rejet de la réforme par plus de 52 % des suffrages) démissionne le soir même, estimant impossible de poursuivre sa tâche.
Il se retire à nouveau à Colombey et poursuit la rédaction de ses mémoires.
Le 9 novembre 1970 de Gaulle meurt subitement : la France se sent alors orpheline !
Il n'y aura pas de funérailles nationales conformément aux volontés exprimées par le Général dans son testament et il sera simplement enterré à Colombey-les-Deux Eglises. Les dirigeants du monde entier viendront lui rendre un dernier hommage à Notre Dame de Paris.
 

 D.R.
Enterrement à Colombey

C'est un homme qui avait eu à deux reprises, en 1940 et 1958, un rendez-vous avec la France, qui disparaissait.
Il s'était hissé en 1940 au dessus des évènements douloureux et des malheurs de la France pour incarner, LUI TOUT SEUL, le chemin de l'honneur et appeler les français auprès de lui pour une France libre et pour une France combattante.
Il fut alors le plus grand – pas seulement par la taille – et n'a jamais cédé au découragement, rien concédé à ses alliés de ce qui pouvait nuire au destin de la France.
INFLEXIBLE est le mot qui me vient à l'esprit en évoquant l'Homme de Londres, dont la voix retentissait sur les ondes et qui voulait, presque seul
en 1940, libérer la France.

Puis, cet homme, qui incarna la liberté et la libération de la France en 1940 assura en 1958 la rénovation de nos institutions à la mort de la IVème République.
  
Il eut autant d'admirateurs inconditionnels, de collaborateurs fidèles que d'adversaires politiques et même d'ennemis résolus, parfois jusqu'à souhaiter sa mort en organisant, sans succès, de nombreux attentats…

Il a sa statue au Québec comme à Moscou et une immense Croix de Lorraine s'élève sur une colline proche de Colombey-les-Deux-Eglises

Inaugurant à Moscou en 2005 la statue du Général, le Président de la République Française, Jacques Chirac, prononça les paroles suivantes :


"Vous savez la place qu'occupe le Général de Gaulle dans le cœur des Français. Pour tous, il a porté une certaine idée de l'homme et de la France. Il a porté toute l'exigence du message légué par notre longue histoire. Il en a exprimé l'ambition renouvelée. Il a été la France, lui redonnant sa place et son rang dans le monde. Le Général de Gaulle, le Chef de la France Libre, l'homme d'Etat passionné de la France, mais aussi le visionnaire pour l'Europe et son avenir."


Pour conclure, rappelons-nous ce que disait Georges Pompidou le 10 novembre 1970 à la télévision, en annonçant aux français la disparition du Général de Gaulle

"… que, dans l'âme nationale, de Gaulle vive éternellement"