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Hommage national des français à Monsieur Stéphane Hessel

Stéphane Hessel l’ambassadeur des Pauvres et des Opprimés

 

D’origine Polonaise par ses grands parents il est né à Berlin en 1917 et finalement il habite et fait ses études à Paris. Brillant élève, sa famille très aisée lui permet de suivre des formations dans les meilleures écoles de Londres et de Paris où il rentre finalement à Normale Sup une des filières qui permet de former les élites républicaines en France. Il obtient à 20 ans la nationalité française. Comme nos pères, il est mobilisé à la déclaration de guerre en septembre 1939. Fait prisonnier en 1940, il s’évade et rejoint Londres en 41 via le sud de la France, Oran et Lisbonne. Il rentre dans l’armée de l’air. Spécialisé dans le renseignement au Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), en mars 44  il part en mission en France, dénoncé il est arrêté et déporté au camp de Buchenwald puis Dora. Il réussit à changer d’identité pour échapper à la peine capitale. Lors de son transfert en avril 45 vers Bergen-Belsen il s’évade.

 

En mai 45 les premiers retours des Déportés à Paris jettent l’effroi chez les Français qui ont déjà oublié la guerre. Désormais comme Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Edmond Michelet, le Père Michel Riquet, il est libre et toujours sans concession sur les exigences de la Liberté et de la Fraternité. Il est très probablement de ceux qui, le 7 juillet 45, en tenue rayée de déporté, place du Trocadéro devant 150.000 personnes écoutent le P. Riquet : « Un travail immense nous attend, nous qui revenons de là-bas vivants. Notre premier travail sera de nous unir tous ensemble, compagnons de combat, de luttes clandestines, de déportation, de misère ... »    

 

En Octobre 1945, il devient diplomate. Simple secrétaire à l'assemblée générale de l’ONU (Organisation des Nations Unies)  chargée de préparer en 1948 la rédaction de la Charte des droits de l’homme.

Stéphane Hessel : « J'ai assisté à sa rédaction… ». « J'ai été témoin de cette période exceptionnelle. »

Le Monde du 5 3 2013

En 1951 il rentre au Ministère des affaires étrangères. En 54 il est haut fonctionnaire auprès du Ministre (1) du conseil (2) puis de 58 à 63, détaché à l’Education Nationale, de 63 à 69, diplomate à l’ambassade d’Alger, de 69 à 72, haut fonctionnaire aux Nations Unies, de 72 à 77, haut fonctionnaire en France et à l’étranger pour des missions touchant les domaines de l’économie et du social.

De 1977 à 1981, il est ambassadeur de France à l’ONU à Genève.

De 1981 à 1990, il occupe différents postes importants, notamment à la Haute Autorité de la communication audiovisuelle chargée de surveiller le PAF(3). 

De 1990 à 1993, Il travaille encore avec le Premier ministre. Dans un rapport commandé par celui-ci, intitulé « Les Relations de la France avec les pays en développement » et remis en 1990, le rapport est enterré

 

En 1993 Stéphane Hessel a 73 ans. Il continuera encore longtemps à défendre les valeurs humanistes de la défense des hommes et des femmes pauvres, démunis de tout et de ce fait asservis aux plus riches; particulièrement ceux des pays du tiers monde.  

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Stéphane Hessel restera un ardent défenseur des droits de l’homme. Revenu vivant de l’enfer nazi, il défendra toute sa vie le précepte fondateur de notre République :

Article 1er : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits;

les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune »

 

                                                  

 

·         1947 : médaille de la Résistance avec rosette (décret du 16 janvier 1947).

·         1999 : élevé à la dignité de grand-croix de l’ordre national du Mérite (décret du 15 novembre 1999, Grand officier du 14 janvier 1986).

·         2004 : prix Nord-Sud du Conseil de l'Europe.

·         2006 : élevé à la dignité de grand officier de l’ordre national de la Légion d’honneur (décret du 13 juillet 2006, Commandeur du 14 décembre 1981).

·         2008 : prix Jean-Zay pour le livre de conversations Citoyen sans frontières.

·         10 décembre 2008, 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme : devient le premier récipiendaire du prix UNESCO/ Bilbao pour la promotion d’une culture des droits de l’homme.

  

 

(1) Ministre vient du mot latin « minister », signifiant « serviteur » ou « premier serviteur »
(2) Ministre du conseil : Premier ministre sous la 4ème République 
(3) PAF : C’est le paysage audiovisuel français, en d’autres termes la télévision et la presse parlée

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HOMMAGE NATIONAL DES FRANCAIS A STEPHANE HESSEL

 

A l’invitation de l’ONAVG, nous étions présents, Jean-Paul Doussin de l’association Ile de France-Paris et moi-même avec le drapeau de la Fédération des Fils des Tués, à l’hommage national rendu par M. le président de la République accompagné de M. le premier ministre, M. le président du Sénat, M. le président de l’Assemblée nationale ainsi qu’un grand nombre de ministres. Parmi les personnalités étrangères, nous avons remarqué  pour la Belgique M. Elio Di Rupo, premier ministre, et pour la Palestine, Mme Leïla Shahid.

 

Les détachements des trois Armes, Terre, Air, Mer, rendaient les honneurs. Le Chant des partisans retentit au moment où le cercueil recouvert d'un drapeau tricolore quittait les Invalides, porté par des militaires de l'Armée de l'air son arme d’origine. 

  

L'historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac, fit un éloge émouvant de son ami Résistant : "Je me sens amputé par ta mort".

Madame Carole Bouquet lut un poème de Guillaume Apollinaire "La jolie Rousse" avec beaucoup de classe.

Enfin, dans son éloge funèbre, le président de la République a salué le parcours du Résistant Hessel. "La liberté, c'était sa passion, son idéal ».

 

 

Tous ses amis étaient présents à son inhumation

au bout de la 27ème allée du cimetière du Montparnasse  

 

Dès le passage du cortège dans l’allée principale, loin des ors de la République, les applaudissements permettaient à chacun de manifester son sentiment vis-à-vis du défunt.

De nombreuses équipes de télévision françaises et étrangères braquaient leurs objectifs vers la famille et la foule venue lui rendre un dernier hommage.

Certains curieux semblaient se planter au premier rang des spectateurs comme s’ils avaient voulu apparaître, à coup sûr, et pendant de longues minutes, dans « les étranges lucarnes »…

La famille, par ses fils, petits-fils et petites-filles, évoqua la personnalité du cher disparu en déclamant les poèmes qui avaient sa préférence.

 

M. Michel Rocard parla des années où ils avaient travaillé ensemble comme hauts-fonctionnaires dans les allées du pouvoir. Le poète et philosophe Edgar Morin parla avec fougue, conviction et lyrisme des grandes qualités de son ami. Parfois la foule applaudissait à la fin de l’éloge...

A l'issue de la cérémonie, les personnes encore présentes se pressaient pour aller se recueillir quelques secondes devant le tombeau. Nous pûmes remarquer la présence discrète de Madame Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine auprès de l'Union Européenne à Bruxelles et de Madame Carole Bouquet.

 

A l’écart, les télévisions effectuaient leurs derniers interviews auprès des anonymes qui se prêtaient souriants et de très bonne grâce à cet exercice impromptu.

 

Jacques Monbeig-Andrieu