1934/2019 - Notre Journal a 85 ans

 

  mais depuis 1927 cela fait 92 ans que notre mouvement communique

 

 

 

 

 

par Jean Desmarès

 

rédacteur en chef

 

 

 

Voici l'histoire du mouvement des Orphelins de guerre qui ne se serait pas développé sans une communication par des bulletins et des articles dans la presse dès sa création en 1927 puis par un journal fondé en 1934 il y a 85 années sous le titre "Journal des Orphelins de guerre" 

 

 

 

1927/1934

 

 

 

En mai 1927, aux côtés de GEORGES BENARD  fondateur de

 

 

 

"L'association des Fils des Tués"

 

 

 

 il y avait quelques camarades… ils étaient 7 : Gabriel Daty, Dezaire, Philippe Boutroux et les 3 amis de Georges Bénard, son frère René Bénard, Pierre Bernard et le signataire de ces lignes !"

 

Ce signataire, dont je possède les sept pages manuscrites écrites de sa main à l'encre rouge, était André BOSSUET, le septième fondateur qui fut le premier Secrétaire du comité des Fils des Tués en 1928

 

(1967 : c'était l'année du 40ème anniversaire de la naissance de notre grand mouvement et en octobre de la même année le premier article d'un jeune de 30 ans du comité directeur de l'association de Paris qui rédige cet article.)

 

Mais revenons à 1927/1928 !

 

Dès le premier jour ces premiers camarades furent confrontés au problème suivant : comment se faire connaître et attirer d'autres orphelins de guerre ?

 

Il y eut d'abord une lettre de Georges Bénard et  un communiqué qui parut en juillet 1927 dans la page des Anciens Combattants du journal l'Intransigeant dirigée par Jacques Péricard

 

Alors comme le précise André Bossuet,, ils établirent une feuille mensuelle ronéotypée qui porta le titre

 

                                                 "LES ETINCELLES"

 

                              Voilà l'ancêtre de nos journaux et bulletins

 

 

 

Il prit ensuite un nouveau nom "LE FLAMBEAU" et il y eut bien des frais à supporter… "chacun apportant sa part, pleine de coeur et de jeunesse".

 

Ils étaient jeunes mais voulaient se faire connaître !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils ont alors, comme le rappelle Gabriel Daty dans une lettre que je possède, écrit des articles dans l'Ami du Peuple, Rassemblement, La France Combattante, la Tribune de l'Aube, et en particulier le 15 septembre 1928 dans "La Presse" et  le 30 septembre 1928 dans les "Anciens des Chasseurs à pied… 

 

Dès avril 1928 dans l'Entente de Saint Quentin un article sous le titre

 

"Aux Pupilles de la Nation"

 

Appel d'un des leurs

 

on pouvait lire:

 

                                                 Pupilles de la Nation !

 

"Phrase sonore conduisant à des déclamatoires heureux mais phrase représentant quelque chose… Et ce quelque chose de palpable, qui s'estompait dans la brume de l'avenir, quitte son gîte solitaire et viens, membre vivant, prendre sa place dans la cité !

 

… Ils auront plus tard à recueillir un héritage sacré, la Patrie. Leurs père, en mourant pour Elle, leur a donné un droit !   

 

En terminant cet appel ils proclamaient :

 

Hauts les coeurs, camarades !

 

Le Pupilles de la Nation seront dignes des Morts et dignes des vivants."

 

 

 

Ainsi il y a 92 ans naissait notre mouvement qui ne pouvait se développer sans une communication balbutiante certes mais enthousiaste.

 

Les réunions se tenaient le soir au 26, rue de Bassano à Paris dans un local du journal "L'Ami du Peuple" qui publia  le 21 juin 1928 un extrait des statuts de notre association déposés le 11 juin 1928 à la préfecture de Paris avec les photos du Président Bénard et du Secrétaire Général Gabriel Darty !

 

 

 

Puis, s'il faut évoquer cette époque, Jacques Péricard reçut PAUL MATHELY qui avai créé en 1927 "l'Association des Orphelins de Guerre du 6ème arrondissement de Paris" qui devint en octobre 1928

 

 

 

                    "l'Association des Orphelins de Guerre de France…"  

 

 

 

… Le 14 mai 1927 à la mairie de VI ème arrondissement deux membres de l'office départemental  des pupilles, Monsieur Berger et Madame Larnaudie avaient convoqués de jeunes orphelins et orphelines  de guerre. Il y avait là Duméril, les frères Bompaix, Scalabre, Mlle Faure,les frères Durand et Mathély !

 

Paul Mathély avait rencontré auparavant Madame la comtesse de Las Cases et Mr Leven, l'un et l'autre vice –présidents de l'Office National des Pupilles de la Nation. Ceux-ci souhaitaient voir les Orphelins de Guerre se grouper dans une association.

 

Paul Mathély sut être convaincant et à l'issue de la réunion Mathély était président d'un comité provisoire chargé de préparer la constitution d'une association amicale.

 

Le 9 novembre 1927 ce comité convoquait une Assemblée générale constitutive. Celle-ci décidait de la création de l'assocation amicale des O. de G. du Vième arrt.

 

Tous étaient mineurs !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mathély fut le fédérateur du mouvement car dès novembre1927 il avait pensé que le mouvement Orphelins de Guerre devait être unique ! (ref. lettre de Mathély à Jacques Durand que le rédacteur de cet article possède)

 

Un premier bulletin fut édité dès décembre 1927 et le second daté du 1er février 1928.

 

 

 

Dès 1929 Paul Mathély entama avec Georges Bénard des pourparlers en vue d'une fusion des deux associations : Orphelins de France et Fils des Tués…

 

 

 

Ces pourparlers n'aboutirent pas mais il poursuivit ses efforts !  

 

 

 

La création d'associations en province étendait le réseau : à Marseille en 1928, à Nancy avec Jean Thiry en 1931.

 

Paul Mathély convoqua en novembre 1932 pour une conférence, en plus de son association des O. de G. de France, les Fils des Tués, et les deux associations de Marseille et de Nancy… ainsi fut décidé ce jour là de 1932  la création de notre Fédération Nationale !

 

Puis  ce fut Nice, le Nord et tous les autres qui se rallièrent à notre mouvement national…

 

De nombreux bulletins paraissaient… nos amis siègeaient dans les offices des ACVG…

 

 

 

1934

 

 

 

fondation du

 

JOURNAL des ORPHELINS de GUERRE

 

 

 

   Organe officiel de la nouvelle "Fédération Nationale des Fils des Morts pour la France"

 

 

 

Un journal était devenu nécessaire pour défendre le Souvenir de nos Pères et répandre le message de ceux qui voulaient parler au nom de ceux qui étaient Morts pour que vive la France, qui voulaient défendre les valeurs qui fondaient notre Patrie et maintenir le Souvenir comme gage de la Paix.

 

 

 

Depuis, sauf pendant la guerre de 39/45 notre journal ne cessa de paraître et fut reconnu souvent comme le meilleur journal du monde combattant ! 

 

 

 

Lorsque l'on parcourt les anciens journaux… et il y en a eu 746 depuis sa création on ne peut qu'être frappé par le rôle éminent et fédérateur de ce journal.

 

Les Editoriaux des Présidents successifs dans chaquue numéro, les rapports des Congrès nationaux, les articles de fond sur la vie des Français et en particulier sur les Victimes de Guerre, les appels à la soldarité vers les plus malheureux d'entre nous, la défense de nos mères, les photos des cérémonies commémoratives dans les départements les 11 novembre, les 14 juillet et autres dates où Les Fils des Tués avec leurs drapeaux communiaient devant les Monuments aux Morts où figuraient les noms  de ceux qui, Morts pour la France, hantaient la mémoire de leurs enfants devenus des hommes et des femmes, des pères et des mères de

 

 

 

 

 

famille à leur tour. N'oublions pas le ravivage de la FLAMME le 2 novembre de chaque année, geste de piété filiale devant l'INCONNU qui est le symbole de notre engagement.

 

C'est également à travers de ces journaux que nous pouvons garder la trace de nos amis disparus que nous avons aimés d'un amour fraternel !

 

C'est eux qui furent les artisans de nos associations départementales et de la Fédération.

 

Simples militants ou dirigeants ils furent en quelque sorte le sang qui irriga un mouvement qui en cette année 2019 existe depuis 92 ans !

 

 

 

Nous savions parler de la Paix

 

et iI y a  46 ans on pouvait lire dans notre Journal  ce qui suit…

 

 

 

 Les 27, 28 et 29 mai 1939 les Fils des Tués tenaient leur Congrès National à DOUAI  alors que les  claquements des bottes et des culasses retentissaient aux quatre coins de l'Europe avant de s'étendre au monde entier.

 

Un Rapport sur la Paix fut établi et lu au Congrès par notre ami Lacroix et parut dans le Journal des O. de G.  de juillet 1939…

 

Ce rapport parlait d'Espoir en des termes qui vont droit au coeur  des Orphelins de Guerre que nous sommes   !

 

En voici un extrait :

 

 

 

"On a dit qu'il n'y aurait plus de guerre en Europe tant qu'il resterait encore dans chaque Nation des Anciens combattants de 1914-1918.

 

Souhaitons-le et ajoutons même, tant qu'il y aura des Orphelins de Guerre.

 

Nous serons dans quelques années les dernières victimes de guerre vivantes et nous aurons encore à éduquer les jeunes générations dans l'horreur de ce terrible fléau."

 

 

 

En ce mois de mai 1939 ils étaient, nos anciens d'alors, fidèles à la mission fixée 12 ans plus tôt en 1927. Ils parlaient de Paix et refusaient  de croire la guerre inévitable.

 

Un peu plus loin on pouvait lire pourquoi  chaque orphelin de guerre croit en la Paix et témoigne pour elle.

 

 

 

"La Paix, nous la désirons pour nos mères, nous la désirons pour nos familles… nous la désirons pour nos Pères qui reposent dans les cimetières de France, nous la désirons pour le bien de la France entière… pour nos anciens alliés ou ennemis… nous la désirons enfin pour nous-mêmes car notre seule ambition est que ce titre de "Fils de Tués" auquel nous sommes si attachés s'éteigne avec le dernier d'entre nous et que jamais nos enfants n'aient à le porter.

 

 

 

 

 

Devant ce terrible fléau qui menace l'Europe et risque de noyer notre civilisation sous ses décombres il faut que les hommes qui ont non seulement de la bonne volonté mais surtout de la Volonté, relèvent la tête et mènent le bon combat pour un regroupement des Nations en vue de l'établissement d'une paix définitive ! "

 

 

 

Voilà un message que notre journal savait porter !

 

 

 

Ils ne savaient pas qu'une seconde guerre mondiale allait passer avec son cortège de souffrances et d'horreurs.

 

En 1945 lorsque reparut notre Journal il y avait  tant de veuves et 250.000 nouveaux Orphelins de Guerre victimes de ce conflit.

 

Alors tous ceux de 14/18 qui avaient fondé notre mouvement, et dont certains étaient à leur tour Morts pour la France, ont repris le "collier" pour témoigner, maintenir le Souvenir et défendre les droits des nouveaux orphelins de guerre. 

 

Il est possible de découvrir dans notre journal tous les efforts pour développer nos associations départementales, pour organiser nos grands Congrès nationaux annuels, pour créer des colonies de vacances…

 

Puis cette nouvelle génération a grandi et les adhésions aux Fils des Tués se sont multiplées : certaines associations réunissaient plus de 1.000 ou 1.500 adhérents - celle de Paris a connu plus de 2.000 Orphelins de Guerre – et dans ce journal on rendait compte des activités des Clubs de Jeunes qui existaient dans bien des associations !

 

Cette jeunesse a eu l'immense mérite de poursuivre notre mission et il faut lui rendre hommage comme nous gardons dans notre coeur le souvenir de nos camarades de 14/18 disparus !

 

 

 

Et dans un éditorial un ancien Président Fédéral écrivait en s'adressant à la jeunesse il y a plus de 30 ans :

 

 

 

" Je parlais l'autre jour avec une jeune femme de ce monde troublé, dur et sans complaisance, ce monde qui est le nôtre !

 

Ses yeux pailletés d'or semblaient me dire : Alors la vie c'est donc cela !

 

Quelle brutalité dans les passions humaines !

 

C'est vrai, les mots clés semblent être des mots terribles : Violence, Sexe, Drogue, Intolérance, Racisme et Terrorisme.

 

Et ces yeux profonds, sérieux, avec deux petits plis verticaux entre les sourcils pour marquer l'attention, me suggéraient les réponses :

 

A la violence il faut répondre PAIX, au déferlement du sexe il faut répondre AMOUR, à la drogue il faut crier JOIE DE VIVRE, à l'intolérance il faut proclamer RESPECT DE L'HOMME, et contre le racisme et le terrorisme il faut affirmer une calme et lucide Volonté !

 

 

 

 

 

Ces yeux me disaient encore : est-ce que des mots suffisent ? Et que dire à mes enfants quand ils seront à l'âge d'homme ?

 

J'aurais pu répondre ainsi : 

 

Il faut dans notre monde moderne croire en Dieu, en la tradition, à la famille. Il faut croire aussi à l'exemple, à l'apprentissage reçu du maître, au devoir envers les siens, à la solidarité avec les autres, au respect des vieilles lois, à la vertu, au bien, à la justice…

 

J'avais envie de lui dire ce que tous, Orphelins de Guerre devenus hommes et femmes responsables, nous avons gardé dans notre coeur.

 

Comment nous avons su élever notre pensée, nos souvenirs en engagement pour l'avenir. Pourquoi nous avons en nous cette force qui nous pousse à témoigner au nom de tous nos Pères pour les valeurs les plus hautes qui justifient la destinée humaine.

 

 

 

J'aurai dû citer Goethe qui écrivait : "Celui-là seul mérite la Liberté et la Vie qui les conquiert chaque jour."

 

Ce sont les mots qui guident souvent notre action et qui hantent notre esprit depuis notre jeunesse !"

 

 

 

Je n'ai pu que reprendre ces quelques vers de Victor Hugo…

 

 

 

"Car le mot, qu'on le sache est un être vivant,

 

La main du songeur vibre et tremble en l'écrivant.

 

Les mots sont les passants mystérieux de l'âme;

 

Chacun d'eux porte une ombre ou secoue une flamme…

 

Il est vie, esprit, germe, ouragan, vertu, feu ;

 

Car le mot c'est le verbe et le Verbe c'est Dieu."

 

xxx

 

Notre Journal a 85 ans d'existence… jamais nos anciens  auraient pu imaginer une telle durée !

 

Les mots employés depuis tant d'années dans les pages de ce journal ont fait vivre le SOUVENIR… s'il se perdait alors nos Pères seraient vraiment morts !

 

Car ils restent vivants dans nos coeurs ceux que l'on a tant aimés, dont on parle si souvent et dont on se souvient !

 

 

 

Sursum Corda (hauts les coeurs)