Tant d'obstacles vaincus !

Chers lecteurs abonnés, Orphelins de Guerre et Pupilles de la Nation, il a fallu vaincre tant d'obstacles dans notre vie pour devenir des hommes et des femmes reponsables dans cette France que nous aimons tant.

Notre jeune départ dans une famille mutilée par les guerres, la résistance, la déportation ou le terrorisme s'est fait lentement dans un sentiment d'une peine souvent non formulée… nous étions parfois si petits !

Ce sont des larmes – celles de nos familles – qui nous ont fait comprendre que le malheur était entré dans notre vie.

Alors, nous avons avancé contre tant de désespoirs avec souvent ce que nous entendions et tout ce qui nous entourait… il y avait les souvenirs, les photos (comme celle de mon père avec dans le coin un petit ruban noir et un autre tricolore sur le buffet de la salle à manger… comme s'il veillait toujours sur notre famille).

Il y avait, souvenez-vous, la famille et les amis qui parlaient du disparu et nous remarquions la brume qui venait alors dans les yeux de notre mère !

La maturité est venue, nous avons grandi et l'absence est restée enfouie dans notre esprit… et les questions restaient toujours les mêmes : "qu'est-ce qu'il fait ton père ?" et notre réponse : "il est mort à la guerre !"

Un jour, après tant d'années où nous avions souvent conservé ce souvenir obsédant dans notre coeur, nous avons trouvé un chemin qui menait vers ce mouvement "Fils et Filles des Tués" qui depuis 1927 témoignait sans cesse que les Morts pour la France n'étaient pas des morts comme les autres !

Ce sont souvent nos mères qui nous ont inscrits auprès des associations départementales… ce fut le cas pour moi et je recevais notre Journal des Orphelins de Guerre.

C'est un appel aux bonnes volontés qui motiva dans les  années 60 mon passage rue Lavoisier – alors siège de la Fédération Nationale et de l'Association de Paris et Région Parisienne.

Là j'ai rencontré Claude Gandelle et Françoise Gay (qui épousera plus tard mon ami Claude à qui je succéderai lors de son départ en province). Claude était alors Secrétaire Général et Françoise Trésorière de l'association et leur accueil fut si chaleureux que je me suis senti "adopté" immédiatement. Ce souvenir est un hommage affectueux que je veux leur rendre ici…

Il a fallu que je présente ma candidature au Comité Directeur et ma vie militante commença il y a plus de 50 ans… avec Louis Lefaure, Président de l'Association de Paris et son équipe… puis plus tard avec le Conseil Fédéral national !

Voilà, chers amis, tout était fixé dans ma vie associative et nous voilà tous avec de la neige dans nos cheveux, toujours présents, tojours vaillants et fidèles.

Nous avons vécu notre vie familiale et professionnelle en réservant toujours une place à notre famille spirituelle des Orphelins de Guerre.

Tant de mes amis ont disparu mais il en reste encore, ceux du premier cercle des Orphelins de 39/45 comme Rémy Graillot de Paris, Serge Pitois de Nice, Jacque Mue de Rouen et bien d'autres sans oublier Robert Perron qui oeuvrait déjà à mes côtés en 1977 lors du Congrés du cinquantenaire !

Aujourd'hui, alors que notre ami Jean Lavignasse nous a quitté, avec notre nouveau Président Jean-Claude Molvot notre Fédération doit continuer et sans relâche, jusqu'au bout possible du chemin entamé il y a 91 ans, témoigner du Souvenir de ceux qui ont donné leur vie pour la Patrie.

Nous espérons que cette évocation, pour beaucoup d'entre nous qui ont suivi le même tracé que celui évoqué dans ces lignes, nourrira leur volonté de poursuivre ensemble cette oeuvre exaltante – celle qui a toujours uni ses membres dans l'amitié, la solidarité et le Souvenir !

Cette union des générations s'est faîte au travers de tant d'aventures, de regrets d'un si douloureux passé, d'un refus de l'oubli, et surtout d'une "belle cargaison d'expériences et de souvenirs" selon cette belle formule de Saint Exupéry.

Et ce dernier poursuivait

"Grâce à une convergence obstinée de chances heureuses  nous sommes là, malgré les pièges, les cahots , les ornières de la vie… et nous avons continué d'avancer… S'il plaît à Dieu, notre cargaison de Souvenirs nous survivra".

Espérons que la "tyrannie des désirs immédiats de l'individu roi" qui règne dans notre monde en transformation ne rayera pas le Passé dont l'homme a toujours hérité depuis la nuit des temps.

Surtout, que nos concitoyens arrêtent de porter un jugement anachronique sur les hommes et les faits du Passé à l'aune de nos valeurs actuelles !

Après tant d'obstacles vaincus dans notre vie, dans un monde qui parfois semblait ne pas vouloir de nos Souvenirs, restons fiers de nos anciens, amis disparus, qui ont été, un moment de leur vie, la réalité de notre Fédération Nationale et de ses associations départementales.

1927 – 2018, toute une époque qui nous appelle à rester fidèle à ceux là et à ce qui nous engage !

 

Jean Desmarès

Rédacteur en Chef

Président fédéral honoraire