Les sociétés secrètes face à la barbarie nazie de juin 40 à août 1945

Réf : Dictionnaire historique de la France sous l’occupation – Pr Michèle et Jean-Paul Cointet, Pr. Christian Delporte -  Ed Tallandier -  ISNB 2-235-02234-0 

 

Ce 27 mai 2015 au Panthéon, le Président de la République s’exprime : « Qu'y a-t-il donc de commun …  entre ces deux catholiques qui mirent leur vie au service de la dignité humaine et ces deux francs-maçons qui eurent très jeunes des responsabilités politiques importantes ». Ces « Quatre grands Françaises et Français  …  incarnent l'esprit de la Résistance ».

La guerre 39-45 est traitée par tous les historiens comme faisant  déjà partie de notre patrimoine et on peut remarquer que c’est le conflit mondial le plus meurtrier avec plus de 30 millions de morts dont 6 millions de Juifs, Tsiganes et Roms exterminés dans les chambres à gaz. En France les pertes sont de 370.000 personnes, civils et militaires, tous théâtres d’opération de 39 à 45 (7).   

 

Historique de la prise du pouvoir par les nazis de 22 à 39 : Hitler est l’orateur du minuscule parti le NSDAP en 1922. Ils ne sont qu’une poignée d’aventuriers autour de lui. Ils se sont retrouvé enfermés dans une forteresse et c’est à ce moment là qu’Hitler, inspiré par le français Gobineau auteur de « l’Essai sur l’inégalité des races humaines», commence la rédaction de son livre « Mein Kampf» où il affirme la supposée supériorité de la « race aryenne ».

Finalement en 1933, Hitler est nommé chancelier car le NSDAP a obtenu 43,9 % des suffrages en s’imposant pendant 2 mois par la propagande et par la terreur.

Le 29 mars 33 : Lois en Allemagne limitant les libertés individuelles, la suppression des associations, des partis politiques.

 

Le premier camp de concentration nait à Dachau le 20 mars 33 (1). Dans son programme politique le nouveau régime veut éliminer par le feu et par le sang, le « complot Judéo-maçonnique mondial » à l’origine supposée de la catastrophique situation économique de l’Allemagne. Le 29 mars 33 : Lois en Allemagne limitant les libertés individuelles, la suppression des associations, des partis politiques.

 

En France, avant guerre, une partie des députés et des ministres sont membres d’une loge maçonnique (6) et seule une faible partie de l’intelligentsia de la société est informée de la situation en Allemagne et prévenue du danger du nazisme. Ainsi, la faculté de Strasbourg réfugiée à Clermont-Ferrand en 1939 et son centre d’études germanique sous la direction du professeur René Capitan a formé et informé une poignée d’étudiants et d’enseignants, Alsaciens et Français de l’intérieur à propos des premiers aspects de ce que l’on appellera plus tard la barbarie nazie.

En juin 1940, La presse française est un enjeu stratégique. Elle est strictement contrôlée par les Allemands en zone nord et le régime de Vichy en zone sud. De juin 40 à Août 45, la presse française joue un rôle d’information et elle essaye de manipuler ses lecteurs : les citoyens sont obligés de lire les informations indispensables dans les circonstances très particulières de l’occupation. Il faut « s’informer sur les arrivages de produits, la distribution de tickets de rationnement, et prendre connaissance des lois et des nouveaux règlements. »(4)
Plus de 2.2 millions exemplaires de journaux à Paris chaque jour sortent en juin 41 et plus de 1.6 millions en juin 44. En principe les mairies informent les citoyens de leurs devoirs et droits, mais certains maires ont été remplacés par Vichy et parfois les citoyens ne savent pas lire, écrire et contrôler le nombre de tickets distribués et ne réalisent pas forcément l’intérêt de se faire assister.

Dès juin 40 les allemands s’emparent des archives des sociétés secrètes pour les étudier.

Le 9 juillet 40 Pétain obtient les pleins pouvoirs et le 13 Août 40 parait la loi d’interdiction des sociétés secrètes. En juin, il conseillait à son ministre, Camille Chautemps, haut dignitaire de la société de pensée, d’en démissionner.

« La loi du 10 Août 40 contraint le fonctionnaire à choisir entre deux formulaires selon sa situation. Sur le premier Il déclare n’avoir jamais appartenu à une société secrète et prend l’engagement de ne jamais y appartenir. L’autre modèle recueille l’aveu d’appartenance, la date de la rupture et l’engagement à ne plus y appartenir. Toute fausse déclaration entraîne la démission d’office de son auteur.

Une seconde loi, le 11 Août 41, interdit aux anciens dignitaires et gradés l’exercice des fonctions publiques énumérées à l’article 2 du statut des juifs (ministres, cabinets ministériels, fonction publique, magistrature, armée» (3)... En quelques mois, à partir du 12 août 41 les 18.000 noms de dignitaires sont divulgués au journal officiel. « Trois mille Francs-maçons gradés sont renvoyés de la fonction publique » (3). A la faveur de cette divulgation dans toute la France, chaque citoyen peut découvrir si son voisin est membre de la Franc-maçonnerie et « le gouvernement demande à la population de contrôler la loyauté des fonctionnaires !»(3)

En Décembre 41 une grande exposition « la Franc-maçonnerie dévoilée » est montée à Paris, Nancy et Bordeaux etc. Les Allemands doivent freiner le zèle des collaborateurs qui n’obtiennent pas le succès escompté. Le gouvernement de Vichy organise également une exposition à Lyon.

 

Le 20 janvier 42 - La conférence ultra secrète de Wannsee (ville près de Berlin) constitue un tournant  dans le processus de décision de la solution finale. Le chef de la sécurité et du SD, Heydrich annonce qu’il est chargé par Göring de la préparation de la solution définitive du problème juif en Europe.

 

Lorsqu’en avril 42 Laval revient au pouvoir, l’épuration est déjà réalisée : Il accorde alors plus largement des dérogations pour faciliter la réintégration des fonctionnaires francs-maçons dont il est persuadé que la période de pénitence en fera des serviteurs plus zélés. Peut-être espérait-il sauver ainsi sa tête à la libération.

 

Les sociétés secrètes rétablies :

Novembre 43 à Alger, de Gaulle est désigné le seul président du Comité Français de Libération Nationale. Giraud est évincé. Le CFLN deviendra début septembre 44 le GPRF, le Gouvernement Provisoire de la République Française.

En novembre 1943, à Alger, « Jacques Soustelle et George Gorce demandent à Charles de Gaulle d’autoriser les loges à reprendre leurs travaux. A Yvon Morandat et à Henri Queuille il dit que la franc maçonnerie n’a jamais cessé d’exister et fait publier le 15 décembre une ordonnance annulant les lois anti maçonniques de Vichy »(3).

Conclusion

La persécution par le régime de Vichy et les Allemands n’a semble-t-il pas retenu les membres des sociétés secrètes d’avoir une activité dans la Résistance.

Cependant « la franc-maçonnerie est sortie brisée de l’occupation. Les effectifs de 1945 atteignent à peine un 1/3 de ceux d’avant guerre et mettront 30 ans à se reconstituer »(3) (5).

Synthèse réalisée par Jacques Monbeig-Andrieu

 

 

 

 

L’arbre de la sagesse de Goethe, proche du camp de concentration de Buchenwald n’a pas résisté à l’Apocalypse déclenchée par les nazis.

 

 (1) -  Les camps de concentration :

Ils sont conçus pour « enfermer et éliminer en Allemagne les adversaires du régime : communistes, résistants, démocrates, intellectuels opposants et chrétiens hostiles » (2). Viennent ensuite, Orianenbourg près de Berlin, Emsland, Sachsenhausen (1936), Buchenwald (1937) près de Weimar, Flossenbürg (1938), en Bavière, Ravensbrück (1939) camp central des femmes près de Berlin, Neuengamame (1940) près de Hambourg, et Gross-Rosen (1940) en Silésie. 

Les camps se multiplient ensuite dans toute l’Europe occupée et accueillent les déportés de toutes nationalités.

(2) -  Dictionnaire historique de la France sous l’occupation - Définition du mot Déportation - Direction Michèle et Jean-Paul Cointet - ISBN  2-235-02234 - Ed Tallandier

(3) -  Ibid. - Définition du mot Franc-maçonnerie

(4) -  Ibid. - Définition du mot Journaux

(5) -  A la libération il est probable que des membres survivants aient abandonné cette activité philosophique de gré ou de force (Réf. Historia 1973 – N° Spécial sur le sujet – Chapitre Ėpuration).

(6) -  Tableau des hommes politiques de la 3ème et 4ième République la 3ième République se termine le 10 juillet 1940, la 4ième le 4 octobre 1958      

 

 

(7) - Tableau des pertes françaises de 39 à 45

 

 

Disparus et morts

Observations

Français, bataille de France du 10 Mai 22 juin 40

66 129

Réf : Service historique de la Défense : «Les pertes de la campagne de France, du 10 mai - 22 juin 1940» sur defense.gouv.fr : attention il y a une erreur d'addition sur le site.

Autres Campagnes de 39 à 45 - FFI, STO, Déportés, Prisonniers de guerre décédés

143 871

Réf : Michel-Pierre Chélini – Universitaire (**)

Victimes civiles des opérations militaires

120 000

Réf : Michel-Pierre Chélini – Universitaire (**)

Alsaciens et Mosellans 

40 000

Réf : Pierre Rigoulot - Sociologue - (Morts 22.000 et disparus 18.000) (**)

Total des pertes françaises

370 000

 

 

 

 

(**) Dictionnaire historique de la France sous l’occupation – Pr Michèle et Jean-Paul Cointet, Pr. Christian Delporte -  Ed Tallandier -  ISNB 2-235-02234-0