Ils n’oublieront pas Oradour

Ce voyage était offert par l’association « Les Fils et les Filles des Morts pour la France de Dordogne »

Outre son soutien au Pupilles de la Nation et sa participation aux cérémonies, l’association œuvre  auprès des jeunes dans le cadre du devoir de mémoire.

« En Dordogne, nous finançons  pour les établissement volontaires un voyage à Oradour sur Glane. Cette année,  le collège de Coulounieix-Chamiers et le lycée professionnel Picasso y ont participé. Il nous arrive de témoigner dans des classes même si nous le faisons encore peu car nous préférons laisser les derniers témoins directs le faire. Cette année, ma cousine Sylvette Veyrier est allée témoigner au collège de Coulounieix-Chamiers, dans le cadre de l’étude du nom des rues pour expliquer la raison de la « Rue des Frères Peypelut » et leur a donc expliquer le parcours de mon père Hyacinthe et de son frère Georges. Nous avons été aidés dans ce travail de pédagogie active par Jean-Paul Bedoin, président de l’ANACR qui a réalisé un panneau explicatif assez significatif sur le parcours de nos deux pères. Cela fait plusieurs années, maintenant, que j’accompagne les jeunes de Picasso à Oradour et je prends toujours autant de plaisir à voir des jeunes curieux, sensibles et attentifs. Ils ont incontestablement été touchés  par ce qu’ils ont compris et appris aujourd’hui. Je sais qu’ils vont continuer à travailler sur ce voyage afin de réaliser des panneaux  pour une petite exposition qui sera présentée sur la 6ème édition  du Salon régional « Mémoire, Résistance et Déportation » les 25 et 26 novembre »  explique Maguy Peypelut-Marois, vice- présidente de l’association.

Cela fait maintenant une dizaine d’années que Picasso participe  à ce voyage sous l’impulsion d’Annabel Lamigeon, professeure d’histoire  en poste à Picasso qui emmenait cette année  28 élèves de Bac-pro-Assp (accompagnement soins et service à la personne) et 8 élèves de terminale Cap employés de commerce multi-services. « Nous faisons ce voyage dans le cadre de notre cours d’histoire sur la séquence « de l’Etat Français à la 4ème République » du programme  de 1ère Bac pro. Et nous avons bien dû envoyer  une vingtaine de classes à Oradour-sur-Glane  dans le cadre du devoir de mémoire avec l’association des Fils et Filles Morts pour la France », explique Annabel Lamigeon.  Chaque visite donne lieu ensuite à un travail qui sera cette année sur l’exposition « Mémoire – Résistance et Déportation. Les élèves reviennent, chaque fois, satisfaits de cette découverte et cet enrichissement culturel. Depuis 2014, nous avons également emmené des classes au maquis de Durestal qui a été reconstitué en 2013. Cette visite est toujours commentée par Jean-Paul Bedoin. Et comme chaque année, depuis 15 ans,  nous participons au concours de la Résistance  et recevons d’anciens Résistants ou Déportés qui apportent leur témoignage en classe. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir avec nous  deux membres de Fils et Filles Morts pour  la France, qui ont témoigné sur le parcours de leurs pères, ce qui est tout de même un plus en authenticité » conclut Annabel Lamigeon.

Des témoignages poignants

Maguy Peypelut-Marois a retracé aux élèves le parcours de son père Yacinthe et de son oncle Georges : « Mon père habitait Manzac-sur-Vern et son frère à Coulounieix-Chamiers, ils étaient tous deux maçons et en février 1943, mon père qui faisait déjà partie des réseaux de résistance depuis 1942 a eu un chantier dans une ferme située  à moins de 8 kms dans laquelle étaient installé un poste de commandement de la Résistance avec un poste de radio. Ils avaient été dénoncés et le 11 juin la gestapo et les miliciens se sont rendus sur place où ils n’ont rien trouvé puisque les résistants avaient changé de lieu. Mais ils ont molesté le fermier et ses employés  et mon père qui arrivait  sur son chantier, voyant ça , s’est réfugié dans les bois, récupérant au passage le fils du fermier blessé par les allemands qu’il a aidé à soigner . Le 13 juillet, les Allemands sont arrivé à la maison où ma mère se trouvait seule, en recherchant mon père ; elle leur a répondu qu’il se trouvait sur un de ses nombreux chantiers sans pouvoir préciser lequel, elle les a donc balader de chantier en chantier sans qu’on retrouve son mari. Ils sont revenus le lendemain et ont emprisonné ma mère pendant un mois. Le 19 mars, mon oncle Georges amène à mon père deux jeunes qui voulaient rejoindre la maquis et échapper au STO ; après avoir accueilli les deux jeunes, mon père et son frère décident d’aller dormir à Manzac-sur-Vern plutôt que de dormir dans les bois car il faisait froid. Le lendemain à 8 heures, la gestapo les arrêtaient sur place ». Emmené à Limoges, son père est vigoureusement interrogé et est fusillé le 26 mars à Brantôme avec 25 autres otages. Son frère Georges est envoyé à Buchenwald où il décède  le 5 septembre. »

C’est ensuite Jacqueline Vincendreau, vice-présidente de l’association qui a témoigné sur le parcours de son père Lucien Audouin, commandant de la brigade de gendarmerie de Bergerac qui, «  comme beaucoup était résistant, travaillant le jour et oeuvrant pour la Résistance la nuit » explique-t-elle. Dénoncé, il est arrêté avec 4 de ses collègues gendarmes le 10 juin 1944, « le jour de mes 20 mois » explique-t-elle des larmes dans la voix. Torturé, il ne parla pas réussissant à disculper ses collègues  qui furent libérés. Pour le punir les Allemands lui coupèrent un pied et fut ensuite envoyé au camp de Hersburg où il mourut  le 1er décembre 1944 à l’âge de 41 ans laissant une femme  et cinq enfants.

Des témoignages bouleversants  qui introduisaient bien cette journée de mémoire, montrant que malgré les horreurs commises par certains, d’autres avaient choisi une autre voie.

L’Echo de la Dordogne