Par Jean Desmarès  Président Fédéral Honoraire

 

Lettre à Madame Veil  

 

  

Madame,

 

En ce mercredi 5 juillet 2017 où la France vous a rendue un hommage national ô combien mérité, les orphelins de guerre ne peuvent rester silencieux !

 

Vous êtes pour bien des nôtres, fils et filles des Morts pour la France, souvent Pupilles de la Nation, un exemple de courage.

Vivre a été si difficile pour ceux qui sont revenus de l'horreur des camps de la mort, parfois en se demandant pourquoi eux étaient vivants quand tant d'autres ont été victimes de la folie bestiale des hommes.

Votre famille innocente a été mutilée par la guerre comme tant d'autres familles… avec pour seule raison votre origine.

 

Quand je voyais votre beau visage et votre inoubliable regard je retrouvais parfois au fond de vos yeux cette brume que je distinguais lorsque ma mère, veuve de guerre à 28 ans en juin 1940, évoquait mon Père qu'elle avait tant aimé et auquel elle est restée fidèle jusqu'à sa mort en 2003. 

Maman était une femme de devoir qui a transmis avec pudeur à ses enfants les Valeurs qui fondent la destinée humaine, ce que vos deux fils, Madame, ont su évoquer aux Invalides en parlant de votre vie si pleine et si riche de beaux sentiments.

Ainsi étaient le plus souvent ceux qui avaient soufferts dans leur chair et leur esprit de cette guerre affreuse entre 1940 et 1945.

Nous nous inclinons devant vous, Madame, avec le respect qui convient en ces jours où la France en deuil vous rend un hommage mérité.

Vous entrerez avec votre époux au Panthéon et ce sera la juste reconnaissance de ce que vous représentez.

Cette lettre posthume est simplement le message de notre mouvement pour vous dire, Madame, que nous vous admirons et que votre souvenir restera vivant dans nos cœurs.

                                                                                Jean Desmarès

                                                                                                                        Président honoraire

                                                      Fédération Nationale des Fils et Filles des Morts pour la France       

 

                           

 

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Madame Simone Veil reçue à l’Académie française

Le 19 mars 2010

Il est d’usage que, prenant séance pour la première fois, une élue par l’Académie Française prononce un éloge de son prédécesseur. Elue au 13ème fauteuil qui fut celui de Racine et entre autres de Claudel et de Maurice Schumann, à la place vacante par la mort de Pierre Mesmer, Simone Veil prononça un discours de haute tenue dont je vous livre un extrait.

Courageusement, elle aborda le drame de la fin de la guerre d’Algérie, alors qu’à l’époque Messmer était Ministre de la Défense et évoqué en particulier les harkis

Jean Desmares

 

« Mesdames, Messieurs, on ne peut non plus évoquer ces temps de malheur sans aborder un douloureux dossier. Ancien magistrat, m’étant beaucoup investie pur améliorer la condition des prisonniers du F.L.N. en Algérie et en métropole, je n’en suis que plus à l’aise pour aborder une autre page tragique de notre histoire. En Algérie, des musulmans avaient accepté de servir dans l’armée française. On les appelait les « moghaznis » ou plus communément les « harkis ». Leurs effectifs s’élevèrent à 90.000 hommes et leurs familles. Les accords d’Evian stipulaient qu’aucun Algérien ne serait inquiété pour ses engagements passés, notamment dans l’armée française. Les autorités françaises voulurent croire à ce traité et mirent tout en œuvre pour qu’il fût respecté. Pour nombre d’officiers français, ce fut un déchirement d’abandonner à leur sort, des hommes qui avaient partagé leurs combats. Certains décidèrent leur rapatriement en métropole. Après y avoir un temps consenti, et ouvert des camps d’hébergement, les autorités françaises publièrent des instructions très strictes mettant fin au rapatriement. La plupart des harkis durent ainsi  rester en Algérie, en butte à l’opprobre et souvent d’horribles représailles. Quel fut le nombre de représailles ? Les historiens s’opposent encore sur ces chiffres. La tragédie de ces familles entières abandonnées laissa en tout cas une tache indélébile sur notre histoire contemporaine… »