La presse française pendant la guerre de 39 à 44 et ses journalistes collaborateurs 

La censure sur la presse écrite va s’exercer dès le premier jour de la déclaration de guerre en septembre 1939. Ce moyen de communication jouit à cette époque d’un quasi-monopole. La TSF existe mais elle est parfaitement contrôlée par le pouvoir centralisé à Paris. Les auditeurs ont rapidement compris qu’ils n’ont pas une information exacte de la situation militaire et politique. En outre l’information circule mal à travers le courrier échangé car il est lu deux fois : par les allemands et les fonctionnaires français et au besoin censuré.  
Cas particulier de l’Humanité : Les feuilles d’inspiration staliniennes, à la connaissance de l’approbation du pacte germano-soviétique par le PC, ont été interdites dès le 26 août 39. Le secrétaire général Maurice Thorez, futur ministre de la 4ème République, est exfiltré de France par les agents russes. Il a déserté alors que nos pères vont mourir pour la France. Le reste de la direction ainsi que ses journalistes sont rentrés dans la clandestinité. Ils attendront juin 41 et le déclenchement de l’offensive allemande contre l’URSS pour commencer à organiser des actions de résistance sur le territoire français.

Dès juillet 40 l’occupant organise le contrôle systématique de la presse en zone occupée et le pouvoir de Pétain fait aussi du zèle en zone libre. Les allemands procurent des subsides aux collaborateurs qui louent le nouveau régime.  
Les citoyens sont obligés de lire les journaux car c’est par ce seul moyen que leur parviennent les annonces légales concernant leurs droits et leurs moyens de subsistance. L’occupant en profite pour utiliser des collaborateurs zélés qu’il flatte habilement pour en faire des instruments de propagande zélés. Un grand nombre de journalistes vont adhérer à ce projet et ceux qui refuseront de collaborer seront dénoncés, menacés de mort lorsque la retraite allemande sera commencée en 44.  

On imagine mal la férocité des articles signés par ces journalistes collabos rappelant que le pouvoir allemand lutte contre « Le complot judéo-maçonnique mondial et ses serviteurs Anglo-américains ». Lorsque la rafle des juifs de Paris au Vel-Div. est connue, Robert Brasillach écrit en juillet 42 dans le journal JSP(1) « Pourquoi Mgr Saliège défend-t-il les juifs ? Il faut se séparer des juifs en bloc et ne pas garder les petits… ». Ce jour-là les lecteurs auront compris que les allemands organisaient l’extermination des juifs de l’Europe occupée. 
On comprend également pourquoi Brasillach fut arrêté, jugé et condamné à mort, il est fusillé en février 45 malgré les demandes de grâce signées par 64 écrivains ou intellectuels.   

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Le sort des principaux journalistes ou directeurs de publication collaborateurs avec l’occupant

Ces journalistes et écrivains ne sont pas tous issus de l’extrême droite d’avant la guerre.  Certains sont parfois issus de l’extrême gauche. Ils ont adhéré aux programmes des nazis sans en apprécier les conséquences. Leur fanatisme politique leur empêche de mesurer avec lucidité les conséquences de l’entrée en guerre des Etats Unis d’Amérique en décembre 41, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 42 et les premiers revers militaires des nazis en Union soviétique en février 43 à Stalingrad. Certains ont ainsi joué et tout perdu.

Henri Béraud, journaliste et écrivain, en 40 il collabore activement à « Gringoire » où il exprime des sentiments anglophobes. Il dénonce la mollesse des hommes de Vichy dans les processus de la collaboration. Arrêté le 24 août 44 puis relâché puis de nouveau arrêté, il est jugé et condamné à mort le 30 décembre 44. François Mauriac, surnommé dès lors « Saint-François-des-Assises », obtient sa grâce auprès du Général de Gaulle. C’est en ces termes que Béraud remercie par avance Mauriac : « C’est en versant mes premières larmes que je viens de lire cet article où mon honneur est sauvé…». Sa condamnation est commuée en vingt ans de travaux forcés puis à 10 ans de prison. Il est finalement libéré en 50 !    

Abel Bonnard Académicien, le poète, ami de Otto Abetz, collabore aux revues et journaux " Aujourd'hui" , "Le Cri du Peuple", France-Japon", "La Gerbe", et "Le Matin" . Ministre de Vichy de 42 à 44, en mai 45 il se réfugie en Espagne. Le 4 juillet 45, il est jugé et condamné à mort par contumace. Il meurt en exil à Madrid en 68.   

Alphonse de Chateaubriand, pro-allemand, il dirige l’hebdo « La gerbe », en 44 il se cache dans le Tyrol où il meurt en 51

Marcel Déat, pur produit de l’intelligentsia française, socialiste issu de Normale-Sup, député communiste avant-guerre et ministre en 36, en 41 collaborateur des allemands, il crée le journal « L’œuvre ». Ministre de Laval en 44 et condamné à mort par contumace en juin 45, il se cache en Allemagne puis en Italie dans un institut religieux avec sa femme et où il se converti et où il meurt en 55. Quelques jours avant sa mort il avait écrit ; « Si les camarades de l’Ecole normale supérieure me voyaient, ils seraient bien surpris ». Certains historiens pensent qu’il a bénéficié de l’assistance d’un prélat français à Rome.

Jacques Doriot, secrétaire à l’internationale des jeunesses communistes en 21, député en 24, il est exclu du PCF. En 40 il lance le journal « Le cri du peuple ». Lors de la débâcle allemande, il meurt mitraillé par un avion sur une route d’Allemagne en février 45

Pierre Drieu la Rochelle, écrivain et journaliste, il prend la direction de la N.R.F. en 41, collabore à « JSP (1), au « Figaro », à la revue « Esprit », au journal « la Gerbe ». Il se suicide le 15 mars 45. Il avait écrit « Nous avons joué, j’ai perdu »

Claude Jeantet,  a choisi Pétain et devient rédacteur en chef du journal « Le Petit Parisien » et collabore également à JSP(1). Arrêté, jugé en novembre 46, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il est libéré en 51 et reprend ses activités dans la presse.

Jean Luchaire, écrivain et journaliste, en novembre 40 il crée le quotidien « Les temps nouveaux ». Il collabore avec Otto Abetz et Laval et a la haute main sur toute la presse en Zone Nord. Il est  arrêté, jugé et condamné à mort. Il est exécuté le 22 février 45. 

Lucien Rebatet, écrivain et journaliste pro allemand, il participe par ses articles à la presse collaborationniste à JSP (1), au « Cri du Peuple » et à « Radio Paris ». En 44 il s’enfuit en Allemagne. Arrêté et jugé en novembre 46 il est condamné à mort et finalement gracié par Vincent Auriol. Libéré en 52 il reprend ses activités d’écrivain et de journaliste.

Georges Suarez, combattant de la grande guerre, c’est un admirateur de Pétain. Journaliste, en 40 il prend la direction du quotidien « Aujourd’hui ». Il exprime régulièrement ses opinions pronazies et anti-juives.  Arrêté, jugé, et condamné à mort, il est exécuté le 5 novembre 44.

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Malgré les difficultés de l’approvisionnement en papier, les volumes des éditions des quotidiens restent considérables (Sources - archives - Préfecture de Police).

Titre

juin-41

Titre

juin-44

Le Petit Parisien

724.000

Le Petit Parisien

437.000

Paris-Soir

690.000

Paris-Soir

250.000

Le Matin

325.000

Le Matin

210.000

L'Œuvre

135.000

L'Œuvre

135.000

L'Auto

65.000

la France socialiste

135.000

Paris-Midi

62.000

Le Cri du peuple

112.000

Aujourd'hui

60.000

L'Echo de la France

92.000

Les Nouveaux Temps

50.000

Aujourd'hui

85.000

La France au Travail

45.000

Les temps nouveaux

74.000

Le cri du peuple

25.000

L'Auto

55.000

total exemplaires

2.181.000

 

1.585.000

 

 

 

 

 

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A la libération de la France, tous les titres des revues avant parus pendant l’occupation sont supprimés et leurs équipements de production saisis. Seuls reparaissent d’avant-guerre : l’Humanité, Ce soir qui cessera de paraître en 53, L’Aube qui cessera de paraître en 51, Le Populaire qui cessera de paraître en 70. Le Figaro, Le Progrès, La Montagne, La Croix existent toujours.

Très rapidement apparaissent parmi les quotidiens les nouveaux titres Le Parisien Libéré, France-Soir, Libération, Le Monde. L’Aurore qui sera absorbé par Le Figaro en 85.  Les quotidiens ont fortement contribué à faire de la presse française ce qu’elle est aujourd’hui. Ses buts sont de former l’opinion publique et de créer des groupes de pression. Leur diversité a profité aux lecteurs français.

Jacques-Monbeig-Andrieu      

 

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COMPOSITION DU PREMIER GOUVERNEMENT  DU 05 SEPT 44 DU GPRF

 Archives départementales  de l'Eure et Loir - Photo Jacques Monbeig-Andrieu  

 

 

COMPOSITION DU PREMIER REMANIEMENT DU 11 SEPT 44  DU GPRF

 

Archives départementales  de l'Eure et Loir - Photo Jacques Monbeig-Andrieu
A noter : Mitterand n'est plus au gouvernement 

 

Sources :

Dictionnaire historique de la France sous l’occupation – Pr Michèle et Jean-Paul Cointet, Pr. Christian Delporte -  Ed Tallandier -  ISNB 2-235-02234-0 

François Mauriac par Jean Lacouture – Ed du Seuil –    

 

(1) JSP : Je suis partout, quotidien interdit avant la guerre et relancé en 41
(2) N.R.F. Nouvelle revue française