La Croix de Guerre

 

Dès les premiers combats de l’été 1914, une carence est vite apparue dans le système de récompenses français pour distinguer les combattants méritants. Ce n’est qu’en avril 1915 qu’est créée la Croix de Guerre qui deviendra alors le symbole même du poilu victorieux.

Au début de la guerre les soldats ne disposaient que de la Médaille militaire et de la Légion d’honneur pour voir honorer leurs mérites. Or, les conditions d’attributions de ces décorations ne permettaient pas de récompense de l’ensemble des faits d’arme. Dès octobre 1914, le général Boëlle attira l’attention des pouvoirs publics sur cette question. Ce n’est que le 2 avril 1915 que la loi instituant la Croix de guerre fut votée, au terme d’âpres  débats parlementaires. En effet, Alexandre Millerand, ministre de la Guerre, ne voyait pas la nécessité d’une telle décoration puisque les citations  à l’ordre du jour étaient inscrites  au Bulletin Officiel de l’Armée.

 Le projet, porté notamment par le journaliste Maurice Barrès et le lieutenant- colonel Driant, visait au contraire  à créer une décoration matérialisant  ces citations, témoignage visible  du courage des combattants.

Avant même l’adoption de la loi, un concours avait été lancé pour la création de l’insigne et de la future décoration. L’appel à projets connut un vif succès, puisque plus de 30 modèles  furent proposés. Le modèle retenu, du graveur Bartholomé, est simple et sobre. Il consiste en une croix de bronze à quatre branches pattées, portant deux glaives  croisés. A l’avers figure l’effigie de la République et au revers le millésime d’attribution. Le ruban vert, rayé de rouge, évoque celui de la médaille de Sainte Hélène. Ce rappel déplut aux contempteurs de la nouvelle décoration, par sa référence à l’Empire. Pour d’autres la connotation religieuse du terme « croix » fut contestable. Pourtant en dépit des difficultés et des critiques, la nouvelle décoration connut un succès considérable.

L’une des innovations de la nouvelle décoration fut de permettre de matérialiser visiblement  chaque acte de bravoure sans pour autant démultiplier les décorations, grâce à un ingénieux système  d’agrafes à fixer sur le ruban. Une petite étoile en bronze (citation à l’ordre du régiment ou de la brigade), en argent (division) ou en vermeil (corps d’armée) représentait chaque citation. Les citations à l’ordre de l’armée étaient, quant à elles, matérialisées par des palmes de bronze, cinq palmes pouvant être remplacées par une palme d’argent. Même si certains combattants cumulèrent les citations, comme les « As » de l’aviation française qui  René Fonck (28 palmes) et Georges Guynemer (26 palmes),  qui faisaient partie de la célèbre escadrille des Cigognes, cette mesure ne fut guère appliquée.

La seconde originalité de la Croix de Guerre fut de pouvoir être attribuée à tous : militaires de tous grades, français et étrangers, mais aussi civils, y compris les femmes  purent ainsi la recevoir. Des personnes morales  (2952 villes et villages et plus de 800 unités miliaires) et même les animaux se virent honorés de la nouvelle décoration.

A l’issue de la guerre, plus de deux millions de citations avaient été attribuées pour un total de 1,2 millions de Croix de Guerre décernées.

La Croix de Guerre fut bientôt partout : artisanat de tranchées, monuments aux Morts, insignes d’association  d’anciens combattants… Simple et reconnaissable, la médaille devint le symbole de la valeur des combattants.

D’autres pays s’inspirèrent  de cette décoration pour créer leur propre Croix de Guerre, à l’esthétique et au fonctionnement parfois très similaires , à l’image de la Belgique (1915), le Portugal (1916), la Grèce (1917 puis la Tchécoslovaquie (1919) l’imitèrent.

Cette décoration influença durablement le système de récompenses françaises  au point que d’autres Croix de Guerre  furent instaurées :

-en 1921 pour les théâtres d’opération extérieures ((opération de l’entre-deux –guerre, puis guerre d’Indochine et opération de Suez).

-en 1939, pour le second conflit mondial

-en 1956, la Croix de la valeur militaire, au fonctionnement identique  pour les opérations d’Afrique du Nord  et les suivantes où l’armée française est intervenue.

Cent ans après sa création, elle est toujours décernée, faisant perdurer l’esprit de 1915.

Sources Chemins de la mémoire