Méditation !

 

Pourquoi se battre…

Pour qu'hier ne laisse aucun regret et que demain soit fait d'espoir, autrement dit, pour quelque chose !

 

Notre passé à nous, enfants d'alors, orphelins de guerre, ne doit pas nous laisser de regrets ; simplement de la tristesse, du respect et de l'honneur. Tristesse de notre jeunesse sans soutien , respect du sacrifice, honneur du Souvenir.

Jamais l'amertume ne devrait effleurer notre esprit, il nous faut seulement conserver la vision d'un avenir meilleur.

Il nous faut s'élever au dessus des notions de hasard ou de fatalité pour comprendre ce que peut signifier la mort d'un soldat.

Un tel moment demande, exige la rencontre de plusieurs lignes de force : destin, devoir, volonté, courage et aussi renoncement de soi.

 

Qu'il me soit accordé le droit de citer une phrase d'un soldat mort pour le France en 1940, phrase écrite avant la guerre…

"Si Dieu me permet d'avoir un jour à défendre ma chère Patrie, je lui demande la force et le courage nécessaire à faire mon devoir simplement et vaillamment. Je lui demande de m'épargner la crainte, la défaillance et le découragement …"

Ces mots si simples expriment la valeur du sacrifice !

Il nous appartient que le Souvenir des hommes semblables à celui-ci demeure vivant dans l'esprit et le cœur des générations d'aujourd'hui.

 

J'ai l'impression, sinon la conviction, que la mémoire est parfois infidèle et injuste. Elle ne conserve que les moments heureux et efface, comme une gomme qui passe sur une feuille de papier, les peines, les drames et les sacrifices anciens.

Cela est trop facile, cela est trop dangereux.

En effet, les hommes devraient garder intact le souvenir de la guerre, le souvenir de ceux qui n'en sont pas revenus et alors vouloir ne plus jamais faire la guerre, non plus jamais…

… Hélas, les hommes s'efforcent d'oublier, oublient… et puis ils recommencent ! Le souvenir s'estompe et disparaît, seul quelquefois le poète reste pour "chanter' les malheurs d'autrefois.

Pourtant depuis presque 90 ans – oui, 90 ans – une voix se fait entendre… c'est notre voix, la voix de ceux qui n'ont pas oublié !

 

Pourquoi notre voix qui s'exprime en particulier dans ce journal ?

 

Pourquoi ? Parce que nous croyons nécessaire et utile de témoigner : nécessaire car nous ne voulons pas que la France oublie, utile parce que nous souhaitons que demain ne soit pas semblable à ce que nous avons vécu dans notre jeunesse.

 

Il est vrai que l'Histoire des civilisations est pleine de fureurs, de conflits locaux ou planétaires et que notre action peut paraître dérisoire face aux enjeux de la mondialisation.

Mais voyez-vous, quand je pense au visage de l'homme jeune sur la photo barrée dans le coin d'un ruban noir et d'un autre tricolore et que je regardais enfant en disant avec candeur : "maman, papa me ressemblait", il me revient au fond de l'âme cette douleur infinie qui a accompagnée toute ma jeunesse de Pupille de la Nation !

Nous étions si nombreux à être des enfants victimes de guerre – si l'on comptait, nous étions bien plus d'un million à l'issue des deux guerres mondiales de 14/18 et de 39/45 !

Chers amis lecteurs il me faut vous dire quelle aventure fut notre mouvement au cours de sa longue vie : ce fut et reste une très belle famille et je pense à tous ces amis fraternels, Fils et Filles des Tués, aujourd'hui disparus et que je n'oublierai jamais !

Mais voilà que la vie actuelle m'emporte, rompt cette méditation et que l'existence de mes enfants, de mes petits enfants et même de mes deux arrières petites filles me vient à l'esprit… Que leur avenir soit heureux malgré les dangers qui rodent.

Petite voix est la mienne mais elle reste un témoignage que je vous livre volontiers car rien n'est inutile ici bas quand on parle de l'Histoire des hommes !

 

Fidèlement vôtre,

Jean Desmarès