Orphelin, Toujours !

Encore une fois je le redis : « je n’ai pas été orphelin de guerre et Pupille de la Nation qu’en 1945…En 2016, je le suis toujours et j’ai dû me construire autour de cette mort violente de mon père, qui aujourd’hui, malgré les années passées, me manque encore… ».

Mais, est-il vraiment raisonnable de redonner encore une fois ce témoignage au risque d’en lasser le lecteur ? Oui, car ce présent de plus de soixante-dix ans que j’évoque, c’est celui qui attend les jeunes qui viennent inconsciemment de rejoindre nos rangs suite aux attentats commis par des maniaques qui se servent d’un discours religieux pour illustrer leurs pathologies…

Aujourd’hui, la question pour nous, septuagénaires ou plus, c’est de savoir comment nous allons accueillir ces jeunes orphelins, qu’allons-nous leur dire, comment allons-nous les accompagner ? Autant le rebondissement est facile à évoquer dans les livres, autant il est difficile de le concrétiser dans le quotidien. Autant les conseils, les incitations à tourner la page sont aisées, autant s’y conformer ne fait que refouler un traumatisme si constitutif de ce que nous sommes qu’il ne fait que resurgir dès que l’occasion s’en présente, même parfaitement involontaire et incontrôlée.

Autant la reconnaissance de cet état d’orphelins de guerre dans ses racines profondes par nos responsables politiques et quelque ce que soit la façon dont nos pères, nos familles ont été tués, massacrés, exterminés, et ce sans chercher à y introduire une hiérarchie plus qu’aléatoire et discriminatoire, autant cette reconnaissance pourrait être ressentie comme une qualité de présence de leur part, qualité de présence si évanescente aujourd’hui, autant n‘être considérés par rapport  à d’autres orphelins que comme la banale illustration des inévitables dégâts collatéraux de la guerre ou des attentats nous est insupportable !

Nous pensions que la page allait se tourner avec notre disparition… Eh ! bien non ! L’état d’orphelin de guerre et de pupille de la nation se perpétue…

Soyons-en parfaitement conscients et continuons à en défendre l’identité profonde, constitutive dans son présent éternel.

 Daniel Gabriel