Orphelins de la première et seconde guerre mondiale

Congrès de Rennes - Juin 2016

Séance de clôture

 jean.jpg - 22 kb

 Bienvenue aux représentants du monde combattant et aux responsables politiques que je remercie pour leur présence à l'occasion de cette séance de clôture de notre Congrès annuel.

-o-o-o-o-o-

 

Je remercie tous les amis Congressistes qui sont venus en nombre, malgré les récents événements, à l'occasion de ce rendez-vous annuel, moment fort de la vie de notre fédération.

Merci à Lucette Casanova et à son équipe pour leur investissement dans l'organisation du Congrès.

Merci enfin aux Conseillers fédéraux qui pour la 11ème fois mon reconduit à la tête de notre Fédération.

Avant la cérémonie au Monument aux Morts qui clôturera notre Congrès et  alors que nous célébrons cette année  le centenaire des batailles de Verdun , de la Somme et leurs millions de morts, c'est vers ces combattants de la liberté ,venus de tous les continents, que je voudrais avoir une pensée car la mémoire demeure le pivot central de notre existence.

En hommage à tous les combattants, à la mémoire de nos pères Morts pour la France, à la mémoire de nos camarades et amis décédés cette année, nous allons observer une minute de recueillement.

 

Hier vendredi, c'était notre journée de travail.

 

Jean-Claude Molvot d'Orléans secrétaire général a présenté le rapport moral

Paule Sudre de Paris Présidente adjointe et Trésorière le rapport financier

Daniel Gabriel de Meurthe-et-Moselle a traité de l'action départementale et régionale

Hélène Ciampi du Gard de l'action sociale

Jacques Monbeig-Andrieu de l'Oise de la communication informatique

Nicole Guillermin de l'Ain de la défense des droits

Mathilde Lorrain de l'Aisne Rédactrice en chef de notre journal.

 

En quelques mots, je voudrais rappeler qui nous sommes ?

 

Comme souvent on le pense nous ne sommes pas une association d'anciens combattants même si parmi nos aînés certains sont à la fois orphelins de guerre de la première guerre mondiale et anciens combattants de la deuxième ou encore Orphelins de guerre de la deuxième guerre mondiale et ancien combattant d'Algérie ou d'Indochine.

 

 

Nous sommes la première Fédération d'Orphelins de guerre et Pupilles de la Nation, fils et filles de « Morts pour la France », créée en mai 1927, 90 ans l'année prochaine.

 

Dans les années 30, face au monde puissant et structuré des Anciens combattants et des Veuves de guerre, « les Fils tués » étaient ignorés. C'est de ce constat qu'est né le besoin de se regrouper autour de valeurs communes que Paul Mathély, notre ancien Président, déclinait autour de l'expression « Notre esprit » : il y a entre nous déclarait-il un lien qui nous unit, un souvenir à garder, des droits à défendre.

 

Jusqu'au premier Congrès national de Paris en 1933 sous la présidence de Jean Thiry, les associations d'orphelins de guerre étaient noyées dans l'Union fédérale des anciens combattants qui se souciait avant tout des anciens combattants et des veuves de guerre.

Le congrès de Nîmes en 1941 en zone libre, va marquer l'unification des mouvements orphelins de guerre qui sera effective en 1945 au congrès de Paris. C'est l'année de la création de l'UFAC à laquelle adhère notre Fédération.

En 1947, grâce au soutien de René CASSIN, la Fédération est reconnue d'utilité publique et la même année, en janvier,  parait le premier numéro du journal des « Fils des tués » qui deviendra, en juillet, le journal des Orphelins de guerre qu'il est toujours aujourd'hui.

 

Au travers de nos actions et de notre journal, un lien nous unit : celui d'être des « fils et filles des Morts pour la France » quel que soit le conflit.

 Cette mention, trop souvent banalisée, est de manière indélébile gravée dans nos mémoires. Nous sommes en effet « les enfants du deuil » comme l'écrit Olivier Faron (*) en 2001 lorsqu'il évoque les 1 100 000 orphelins de guerre et pupilles de la première guerre mondiale.

 Comme ces orphelins de 14-18 nous somment marqués à tout jamais par un deuil infini. La perte irrémédiable du père va servir de socle à la fabrication de notre mémoire familiale.

Les enfants sont en effet les premières victimes innocentes de l'absence forcée du père. C'est là notre mémoire commune.

 Les souvenirs des orphelins, des plus célèbres comme Albert Camus ou Jean-Louis Barrault, jusqu'aux plus obscurs, permettent de montrer, au-delà de la douleur, que la perte du père a durablement structuré notre identité quelles que soient les générations.

 

Dès 1936, alors que la fédération regroupe environ 50 associations, apparaissent les revendications spécifiques concernant les orphelins de guerre majeurs mais comme l'écrit Olivier Faron « face aux avantages considérables accordés aux anciens combattants nous pouvons dire que ceux accordés aux orphelins de guerre, passée leur majorité, sont proprement égaux à zéro »

 

Qu'en est-il aujourd'hui ?

Sans doute sommes-nous  reconnus au niveau des offices départementaux comme ressortissants à part entière mais la participation en faveur des pupilles de la Nation et orphelins de guerre ne représente que 5 à 10 % du budget global de l'action sociale des Offices.

Au-delà de 21 ans, les orphelins de guerre ne perçoivent rien. Il en est toujours de même aujourd'hui pour les enfants victimes  des conflits actuels ou d'attentats. On l'oublie trop souvent.

En 2003, nous a été attribuée une carte d'orphelins de guerre qui n'a malheureusement eu jusqu'à nos jours qu'une valeur symbolique. Contrairement à la carte d'ancien combattant elle ne nous reconnaît aucun droit.

Toute une vie marquée par l'absence du père ne mériterait-elle pas une égale reconnaissance ? C’est ce que nous demandons depuis plusieurs années en vain jusqu'à nos jours.

 

Les décrets Jospin de 2000 et Raffarin de 2004 et 2005 ont permis d'indemniser deux catégories d'orphelins de guerre : les enfants des victimes de la déportation, essentiellement  juifs, et les enfants dont le père a été victime de la  « barbarie nazie » à laquelle est venue s'ajouter très récemment la « barbarie japonaise ».

Les bénéficiaires de ces décrets ont pu bénéficier soit d'un capital de 27 000 € ou d'une rente mensuelle aujourd'hui d'environ 550 €.

 40 000 orphelins de guerre  ont bénéficié de ces mesures, quant aux autres 60 000 survivants âgés en grande majorité de plus de 75 ans ils n'ont droit à rien et cette discrimination ne fait qu'accroître leur rancœur d'autant que nos responsables politiques, de droite comme de gauche, s'étaient engagés à résoudre ce problème.

 

Depuis la commission Bloch de 2009 qui devaient apporter une solution à ce problème, faute de volonté politique, elle n'a abouti à rien. Depuis cette date nous n'avons cessé d'interpeller nos ministres successifs et en 2015  Députés et  Sénateurs. Malheureusement la réponse du Ministre est restée la même : une fin de non-recevoir.

 

 Bien sûrs nous avons le soutien moral des grandes associations du monde combattant UFAC, Maginot, Union fédérale mais nous avons une fois de plus le sentiment d'être  oubliés du monde combattant. Nous n'avons pas de lobby pour faire avancer notre cause, nous ne sommes pas une masse suffisamment forte, nous n'avons que le titre de « Victimes de guerre »  à faire valoir auprès de nos représentants et même lui a disparu du titre de notre Ministre de tutelle.

 

En cette année du centenaire de la création de l'Office  des mutilés et des réformés  et le 27 juillet 1917  de l'Office national des pupilles de la Nation, espérons qu'après avoir été les premiers reconnus  les  Pupilles de la Nation ne seront pas les éternels oubliés.

Nous comptons sur vous responsables politiques et responsables des associations du monde combattant pour nous aider à tourner une page de notre histoire.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

(*) Olivier FARON

Professeur agrégé d'histoire à l'Université de Lyon

Depuis 2013, Administrateur général du Conservatoire national des Arts et Métiers