La Marseillaise…

Il y eut en réalité 2 Révolutions : Celle de 1789 et celle qui suivit le 10 août 1792 !

 

Il nous faut d'abord rappeler que l'Assemblée Constituante, ses travaux terminés fin septembre 1791 avait décidé, sur proposition de Robespierre, qu'aucun de ses membres ne pourrait faire partie de la nouvelle Assemblée Législative. (Une idée nouvelle pour renouveler nos parlementaires… ?)

Les 745 députés qui se réunirent le 1er octobre 1791 dans la salle du Manège étaient donc tous des hommes nouveaux !

Le 20 avril 1792, date capitale, l'Assemblée Législative, à l'unanimité moins 7 voix, vota la guerre contre Vienne qui secrètement s'était alliée avec la Prusse et cette déclaration de guerre entraînera la chute de la Royauté.

(Cette guerre contraindra les gouvernements de la République à  des mesures d'exception et c'est de cette guerre que sortira en 1799 le pouvoir napoléonien)

 

Le 20 juin 1792, l'Assemblée déclara la Patrie en danger.

Cela provoqua dans toute la France une émotion considérable et  malgré le veto du roi, des gardes nationaux affluèrent à Paris de toute la France et ceux de Marseille chantaient un "chant de guerre de l'armée du Rhin" qui devint La Marseillaise… (voir plus loin !)

 

Le manifeste du 1er août  du duc de Brunswick, général en chef des armées prussienne et autrichienne, rédigé probablement à la demande de Marie-Antoinette, menaçait ceux qui s'opposeraient à la délivrance du roi et de la famille royale d'une vengeance exemplaire : la ville de Paris serait alors livrée à une exécution militaire…

De telles menaces ne pouvaient que soulever Paris et la France contre le roi.

A l'appel de Robespierre 47 des 48 sections de Paris exigèrent la déchéance de Louis XVI et déclarèrent que si, le 9 août au soir, elle n'était pas prononcée, le peuple l'imposerait lui-même.

 

Comme l'Assemblée ne décida rien, ce fut l'insurrection du 10 août !

 

La Commune légale de Paris fut renversée et il fut constitué un Commune insurrectionnelle.

Le 10 août au matin, fédérés et ouvriers attaquèrent Les Tuileries et s'en emparèrent.

(Louis XVI et sa famille s'étaient réfugiés à l'Assemblée)

 

Cette deuxième révolution eut de graves conséquences :

- Louis XVI fut incarcéré ainsi que sa famille.

- La Constitution de 1791 ne pouvait plus être appliquée, le roi étant déchu de ses pouvoirs : la Commune insurrectionnelle contraignit l'Assemblée Législative à faire élire une "Convention" chargée d'établir une nouvelle constitution.

 - Elle exigea que les élections eussent lieu non plus au suffrage censitaire mais, pour la première fois, au suffrage universel.

- Concernant la religion, l'Assemblée bannit de France plus de 30.000 prêtres réfractaires, fit fermer les couvents, dissoudre les ordres religieux et saisir les biens ecclésiastiques.

- Dans le même élan, l'Assemblée autorisa le divorce et laïcisa l'Etat-Civil  en confiant à des fonctionnaires les registres des naissances, des mariages et des décès.

- Enfin, la Commune fit arrêter à Paris des centaines de suspects et, pour les juger, fit instituer un Tribunal criminel extraordinaire.

Indigné de l'insurrection du 10 août, La Fayette tenta de soulever ses troupes contre Paris, puis déserta et passa à l'ennemi.

Le 30 août 1792, les Prussiens mirent le siège devant Verdun, dernier rempart à l'est devant Paris (déjà !).

A Paris, le tocsin sonnait jour et nuit affolant la population.

 

Danton harangua l'Assemblée pour qu'elle coopère avec la Commune !

 

La suite :

La victoire de Valmy qui sauva la France, le procès et la mort de Louis XVI, la levée en masse de 300.000 volontaires,  le soulèvement Vendéen, la chute des Girondins et l'établissement d'un régime dictatorial par les Montagnards de Robespierre avec la création d'un Comité de Salut Public… jusqu'au 9 thermidor (27 juillet 1794) qui vit la chute de Robespierre et de ses amis.

En 1795 le Directoire, puis Bonaparte le 18 brumaire. (9 novembre 1799) Mais ceci est une autre histoire !

 

   

Et pendant ce temps… La Marseillaise

Rappelons que plus de 2500 chants ont vu le jour pendant la Révolution Française.

Nous sommes alors, en 1792, dans une période de grande effervescence guerrièrela France, on l'a vu, vient de déclarer la guerre à l'Autriche - lorsqu'un obscur capitaine du génie de l'armée républicaine, poète à ses heures, va être distingué en composant, à l'aube du 26 avril 1792, ce qui deviendra « La Marseillaise ».

Claude-Joseph Rouget de Lisle fait partie des invités du Baron de Dietrich (1), Maire constitutionnel de Strasbourg, à une soirée donnée le 25 avril 1792. II va répondre, quelques heures après, à une demande insistante de Monsieur de Dietrich de composer un vrai hymne de marche pour les soldats. II semble que Rouget de Lisle ait été alors fortement inspiré, au moins pour le refrain, par le texte d'une affiche mobilisatrice placardée depuis quelques jours sur les murs de la ville par une société jacobine locale. Jugez-en :

"Aux armes citoyens ! L'étendard de la guerre est déployé, le signal est donné. Aux armes ! II faut combattre, vaincre ou mourir.

Aux armes citoyens ! Qu'ils tremblent ces despotes couronnés ! ... Courez à la victoire, dissipez les armées des despotes, immolez sans remords les traîtres, les rebelles qui, armés contre la patrie, ne veulent y entrer que pour faire couler le sang de nos compatriotes. Marchons  !... "

Le 26 avril 1792, à 10 heures du matin, Rouget de Lisle joue ce chant au clavecin chez le Baron Frédéric de Dietrich. face à dix personnes, ce chant qu'il nomme

 

" Hymne de guerre dédié au Maréchal de Luckner " (1)

 

qui devient très vite, « Chant de guerre pour l'armée du Rhin » et se répand dans toute la France.

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Mais c'est un nommé François Mireur, Docteur en médecine, volontaire pour l'armée qui, pendant un banquet de 810 couverts, chante à Marseille l'hymne qui est publié le 23 juin 1792 dans « Le Journal des départements méridionaux », sous le titre nouveau de

 

« Chant de guerre aux armées des frontières ».

 

CE SONT LES VOLONTAIRES MARSEILLAIS QUI, TOUT AU LONG DU MOIS DE JUILLET,  LE FONT CONNAÎTRE DE MARSEILLE Â PARIS.

 

La « Chronique de Paris » lui donne alors une consécration officielle, après que les Marseillais eurent participé aux événements du 10 août1792, en le baptisant « La Marseillaise ».

 

Le rôle de Rouget de Lisle a été contesté, son nom souvent omis… Beaucoup d'ombres subsistent, surtout pour la musique qui fit beaucoup pour le succès de l'hymne. Elle ressemble, a-t-on pu écrire, à un Opéra de Nicolas d'Alayrac, compositeur entré dans l'armée, mais aussi à l'allégro initial du " 25ème concerto en ut pour piano et orchestre de W.A.Mozart.

 

DR

La Marseillaise est officialisée en 1879 comme hymne national. Bien des compositeurs l'ont rendue célèbre, comme le compositeur officiel de la Révolution, François-Joseph Gossé, qui l'interprète avec faste et grandeur le 2 octobre 1792 à l'Opéra de Paris dans un spectacle avec choeur et orchestre appelé "Offrande à la Liberté".

 

C'est Hector Berlioz qui en donnera une version superbe en 1830 ! https://www.youtube.com/watch?v=zsRj6sIlLU4

 

Jean Desmarès, Président honoraire 

 

(1)      - NDLR :   - Baron Philippe–Frédéric de Dietrich, maire de Strasbourg de 1790 à 1792, membre de l'Académie des Sciences en 1780 et  petit- fils du fondateur de la lignée d'industriels qui fondèrent la société qui porte leur nom. Il fut guillotiné lor du régime de la Terreur le 29 décembre 1793 à la suite d'un procès considéré comme inique.     

- Nicolas Luckner, Maréchal de France, né en Bavière en 1722 et décédé à Paris le 4 janvier 1794.

 

Il commanda l'armée du Rhin puis l'armée du Nord. Suspecté de trahison, il fut arrêté en 1793 et condamné à mort par le tribunal révolutionnaire.