Au moment de la Fête Nationale du 14 Juillet, tournons nous un instant vers une figure emblématique de la République Française :
Marianne, dont elle est le symbole.

 

Elle est bien connue de tous les Français. Coiffée de son bonnet phrygien, elle figure en buste dans tous les bâtiments officiels, qu’elle semble présider :

Mairies, préfectures, palais de justice, écoles etc. Mais elle est aussi gravée sur les pièces de monnaie, imprimée sur les timbres poste, ainsi qu’en en-tête de documents officiels (feuilles d’impôts par ex) avec la devise : Liberté, Egalité, Fraternité. Elle figure encore sur le tableau d’Eugène Delacroix où, tenant le drapeau tricolore d’une main, et un fusil de l’autre, elle semble mener le peuple vers la victoire.

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  Bref, elle incarne la République …

L’origine de l’appellation de Marianne n’est pas connue avec certitude. On pense que ce nom serait une contraction de Marie et Anne, deux prénoms très usités en France. C’était, du moins, les prénoms de plusieurs reines de France : Marie de Médicis, Marie d’Anjou, Marie Leszczynska, Marie-Antoinette, Anne de Bretagne, Anne d’Autriche etc. Mais, c’était aussi la réunion des prénoms de la Vierge et de sa mère, prénoms très répandus dans le petit peuple au XVIIIe siècle. Ce prénom convenait parfaitement à la jeune République qui conservait ainsi un lointain souvenir religieux du passé … 

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Symbole de la République, nous voyons une femme. Pourquoi ?

Parce que de tous temps la femme a représenté la « mère », je dirais plutôt la « vierge mère » celle qui engendre, c’est la « virginie pariturae » des druides. Et ce n’est pas sans raison que les bustes de Marianne la montrent « le sein gauche » ou parfois le « droit » découvert, symbolisant le sein nourricier, celui de la République qui nourrit ses enfants, comme on peut le voir dans le tableau de Delacroix. Ceci n’a rien d’érotique, croyez-le bien !

Elle est coiffée du « bonnet phrygien », symbole d’origine orientale, qui était porté par les esclaves de Phrygie, ancien pays d’Asie mineure situé entre la Lydie et la Cappadoce, lorsqu’ils avaient brisé les chaînes de l’esclavage et conquis leur liberté.  C’est la Convention, en 1792, qui a décidé de représenter la République sous les traits d’une femme coiffée du bonnet phrygien, emblème de la Liberté.

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Mais, la généralisation d’un buste de Marianne dans les mairies, remonte aux premières années de la Troisième République. C’est à cette époque qu’elle sera revêtue de tous ses attributs symboliques que nous allons examiner un peu plus loin. Plusieurs types de représentations se multiplient, suivant que l’on veuille mettre en relief le caractère révolutionnaire, ou le caractère apaisant et sage de ce symbole et de l’idéal républicain qu’elle semble incarner.

En 1871, le président Adolphe Thiers (on sortait de la guerre de 1870 et de la défaite contre les Prussiens, ainsi que de la tragédie de la Commune) a interdit la représentation du bonnet révolutionnaire sur la tête de notre Marianne, considéré comme un « emblème séditieux ». Voulant sans doute donner une image plus apaisée de la République qui venait de naître, le bonnet phrygien de Marianne fut remplacé par une couronne végétale composée d’épis de blé, symbole d’abondance ; de feuilles de chêne ; symbole de victoire ;  ou de rameaux d’olivier, symbole de paix et de réconciliation. C’était là une représentation d’une République « modérée », par opposition à la première, considérée par Thiers comme la représentante d’une République « révolutionnaire ».

Le bonnet phrygien ne réapparaîtra qu’en 1879. Dès lors, Marianne conservera cet attribut jusqu’à nos jours, sauf pendant la période de l’Occupation allemande et le gouvernement de Vichy, qui la remplacera par la Francisque.

Il n’existe pas de modèle type de Marianne. Depuis la IVe République, celle-ci apparaît d’une manière très épurée et les dernières représentations les plus à la mode aujourd’hui, choisies par l’Association des Maires de France (AMF), sont celles de Françaises célèbres, souvent des actrices ou appartenant au monde du spectacle. Nous avons eu successivement : Brigitte Bardot en 1968, Mireille Mathieu en 1978, Catherine Deneuve en 1985, etc.

Mais, il faut bien revenir un instant à notre Marianne austère (!) de la IIIe République, pour comprendre la richesse des symboles dont elle était parée et ce que cela signifiait. Symboles qui ont aujourd’hui disparu des Mariannes actuelles.

J’ai déjà donné la définition de certains de ces emblèmes : le bonnet phrygien, traduisant la liberté retrouvée. La couronne de végétaux (épis de blé, feuilles de chêne et rameaux d’olivier), met en relief les concepts d’abondance, de victoire, de paix et de réconciliation. Le sein nu symbolise le caractère protecteur, presque « maternel ». La cuirasse, lorsque Marianne en porte une, représente la force et le pouvoir.

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Le lion, lorsqu’elle est en entier à côté de cet animal : le courage et la force du peuple. L’étoile, a de multiples explications : c’est la lumière de la Raison, si l’on est athée, la lumière divine, si l’on est croyant. Dans les deux cas, cette lumière vient nous éclairer et dissiper de notre regard les brumes de l’obscurantisme. Elle est cette pâle étoile du matin, dont parle saint Pierre dans ses Epitres (2 Pierre 1:19), « elle est la messagère de l’aube d’un jour nouveau». C’est à peu près le même emblème que nous rencontrons dans la Statue de la Liberté à New York. Le flambeau éclairant le monde ressemble à l’étoile. Les constitutions du jeune état fédéral, nouvellement crées en 1787, étaient issues du Siècle des Lumières et inspirées par la France qui avait offert la Statue de la Liberté.

Parfois d’autres symboles peuvent se présenter, lorsque Marianne est représentée en entier, parée d’autres attributs. Ainsi, le triangle, symbolise l’égalité ; les chaînes brisées, la liberté recouvrée ; la balance, la Justice ; la ruche, le travail ; les tables de la loi, la foi.

Tous ces symboles ont disparu ou presque des Mariannes depuis le XXe siècle. Ils ont succombé au modernisme et peut être au charme de celles qui l’incarnent aujourd’hui ! Mais, le personnage emblématique demeure globalement, et c’est cela le plus important.

Fredonnons au moment de conclure cette chanson de Michel Delpech lorsqu’il chantait dans les années 1970 : « Ah ! Que Marianne était jolie, lorsqu elle s’en allait dans les rues de Paris, en chantant à pleine voix : ça ira, ça ira … ».

                                                      Jean-François BLONDEL

                                              Bulletin municipal - Le Favril - Juin 2012