L'Esprit qui nous anime

 

Par Jean Desmarès

Rédacteur en chef adjoint

 

Président honoraire de la Fédération Nationale

 

En novembre prochain, en cette année anniversaire de 1914, les cérémonies du 2 novembre où nous irons raviver la Flamme du Souvenir et du 11 novembre auront un fort retentissement dans notre pays !

Le 11 novembre ce sera l'Hommage solennel aux morts de toutes les guerres. Si la majorité de nos compatriotes pouvaient considérer que cette année où le 11 novembre tombe un mardi, le "pont" n'était pas seulement un weekend prolongé, nous en serions heureux ! Il y a 100 ans commençait un carnage qui se situerait principalement sur le sol de France…

Nous parlons souvent des 1.400.000 "Morts pour la France" en plus de 4 ans de guerre mais si l'on considère l'ensemble des belligérants aujourd'hui réconciliés, ce sont près de 10 millions de militaires tués…

- Il faut savoir que la mention "Mort pour la France" a été instituée par la loi du 2 juillet 1915 et modifiée par la loi du 22 février 1922 au lendemain de la Première Guerre mondiale.

 

 

100 ans après, dans une France en Paix qui lutte contre le terrorisme aveugle, d'une sauvagerie et d'une barbarie qui nous ramène aux pires moments de la destinée humaine, les Fils et Filles des Morts pour la France sont toujours présents pour témoigner des horreurs de la guerre sous toutes ses formes…

Cela est nécessaire dans une France où parler de Patriotisme n'est pas toujours facile dans la mondialisation actuelle !

La guerre qui existe aux quatre coins du monde avec son cortège de douleurs et de souffrances est une réalité qui s'estompe dans le temps et s'effacerait de notre mémoire nationale si le terrorisme ne venait pas, hélas, réveiller nos esprits !

Nous, Orphelins de guerre et Pupilles de la Nation, voulons rester des témoins jusqu'à notre dernier souffle.

Et pourtant, le plus souvent, 

- nous ne sommes pas unis par la fraternité des combats.

- nous ne sommes pas unis par la solidarité des prisonniers de guerre.

- nous n'avons pas le souvenir d'une période difficile vécue en commun qui

explique et justifie l'union des combattants dans de multiples associations.

- nous n'avons pas de revendications matérielles à défendre si ce n'est pour les plus malheureux d'entre nous

– et si nous revendiquons aujourd'hui c'est uniquement devant l'injustice des décrets d'indemnisation de 2000 et 2004.

 

Alors, qu'est-ce qui nous réunit ?

Bien souvent dans ce journal je vous ai parlé de la parenté spirituelle des Fils des Morts pour la France. Notre journal exprime si souvent notre attachement aux valeurs fondamentales défendues par nos Pères, telles que la Justice et la Liberté. Nous expliquons ici notre action pour le respect de la personne humaine, la réconciliation des peuples et la Paix.

Peut-on expliquer cette permanence par le fait que nous nous sentons en quelque sorte investis d'une mission spirituelle dont la haute valeur morale est incontestable… et peut paraître étonnante dans le monde égoïste et matérialiste qui est le nôtre ?

Il faut répondre affirmativement à une telle question. Nous sommes conscients que les Morts pour la France ne sont pas des morts comme les autres. Notre engagement dans la vie de la Nation se réfère constamment aux

principes élevés que nous avons reçus dans notre jeunesse d'orphelins.

Louis BOISSE, dans "La guerre et la mystique de l'immanence" paru au Mercure de France le 1er mai 1918, écrivait ceci :

"La philosophie de la Transcendance est une conception du

monde conçu comme un système ascendant dans lequel les Faits

sont justiciables des Idées et celles-ci sont, à leur tour, dominées

par des principes."

Chers amis lecteurs, il est souvent utile de relire les anciens…

Il est certain que la parenté spirituelle qui transcende les Fils des Tués leur a permis, surmontant leurs différences, par dessus leur appartenance à des philosophies ou des religions diverses, de faire vivre le Souvenir et de rester fidèles à leur idéal.  L'attachement à des principes supérieurs qui forment la trame réelle et profonde de toute société humaine ne saurait, à aucun moment être considéré comme passéiste.

Ces principes sont supérieurs à tout, ils sont immuables,  inviolables, imprescriptibles, inaliénables et toujours exigibles !

C'est par eux que nous devrions toujours juger des évènements et ce sont eux qui règnent sur le monde sensible. Il s'agit là de réalités supérieures qui servent au réel de modèle, de guide et de juge !

C'est parce que nous avons su élever notre pensée vers une réflexion spirituelle que nous sommes restés fidèles à ces principes moraux qui nous ont été légués par nos Pères et que nos mères, veuves de la guerre, ont su le plus souvent nous transmettre avec amour. 

C'est là peut-être, chers amis qui lisez ce journal, la leçon qu'il nous faut 
retenir en ces moments du centenaire de 1914 qui marque également les 87 années d'existence de notre Fédération Nationale.

Si cet article réussit à exprimer l'Esprit qui nous anime et notre fidélité à notre engagement… alors vous comprendrez notre devoir de poursuivre l'oeuvre de témoignage fondée en 1927 par nos grands anciens !