"Les morts sont des invisibles,

 ils ne sont pas des absents."

                        Saint Augustin

 

La Mémoire et l'Histoire

par Jean Desmarès

Rédacteur en chef

 

Il y a une grande différence entre l'Histoire et la Mémoire…

 

- L'Histoire est une Science à condition qu'elle ne soit pas intrumentalisée par de pseudos historiens qui interprètent les faits en fonction de leurs engagements philosophiques ou politiques !

Qui ne sait pas que les archives du passé sont souvent "nettoyées" pour éliminer les témoignages contraires à la doxa de notre temps…

(NB - Le mot grec DOXA - Opinion en français - désigne pour les philosophes et en particulier chez Platon  une croyance dégradée qui s'oppose à la Science !)

 

- La Mémoire représente par contre, individuellement et surtout collectivement, ce qui, partagé par le plus grand nombre forge en particulier l'identité d'une nation.

 

Comme le disait l'historien Pierre Nora, la France est une "Nation Mémoire" qui est vivante dans l'Europe parce qu'elle a trouvé dans son histoire millénaire, avec ses périodes sombres ou lumineuses, les raisons de son unité.

Mais la mémoire reste vivante tant que les éléments qui la constitue garde un sens dans le présent… puis elle risque avec le temps de s'effacer !

Aujourd'hui la tendance de nos jeunes contemporains est trop souvent dans la négation des valeurs de ce passé qui hante pourtant notre esprit, mélange de nos souvenirs, de nos angoisses, de nos blessures et de nos espérances.

 

Quel serait notre avenir si l'on sacrifiait notre mémoire ?

 

Voilà ce qui nous interpelle dans ce journal, voix de notre grand mouvement dont les membres, mieux que d'autres, connaissent la dualité de la nature humaine – le Bien et le Mal – cette nature en nous qui lutte entre ce Devoir pacifique du bien commun d'un côté et de l'autre cette violence guerrière qui règne hélas dans notre monde.

Vous savez, chers lecteurs, nos morts, ceux qui ont donné leur vie pour que vive la France, nous ont laissé un message qui demeure si vivant dans nos coeurs.

 

Montherland disait :

"Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dit qui rendent si lourds les morts dans leurs cercueils".

 

Il paraît que les enfants ont une mémoire d'enfer… Nous n'avons rien oublié de notre jeunesse et nous devons à nos mères, veuves de la guerre, tant d'amour  et tant de paroles qui nous ont consolés de l'absence de notre père !

 

Ce père dont tout homme a besoin, nous ne l'avons pas eu : c'est sans lui que nous avons dû nous "construire", alors que le plus souvent c'est avec lui et contre lui que l'homme s'affirme.

 

 

Notre Mémoire vivante nous oblige à choisir notre voie et une conduite morale qui s'impose à notre esprit.

 

Ce Devoir s'identifie avec notre spiritualité – cette famile spirituelle qui nous réunit – et devient cet impératif mystérieux qui est en nous !

Nos anciens savaient qu'en plus de la morale immanente qui existe dans la nature de l'homme, une autre morale dite transcendante trouve son principe dans une volonté extérieure, cette volonté de témoignage qui est la nôtre.

Les deux sont nécessaires : la conception de notre devoir répond à cette double exigence !

Notre morale est positive ; elle est fidélité et répond à ce que nous pouvons appeler notre exigence spirituelle !

 

Aujourd'hui, la règle du chacun pour soi détruit la société qui ne peut survivre sans règles morales individuelles et collectives.

 

La liberté individuelle, pour exister, a besoin d'une "loyauté collective" assumée qui nous semble trop absente actuellement.

 

C'est ce que nous avons dit lors du grand rassemblement du 10 novembre dernier à l'Ecole Militaire si bien organisé par Madame Rose-Marie Antoine directrice générale de ONACVG pour le centenaire du Statut des Pupilles de la Nation.

 

Voilà ce qui était, est et reste présent dans notre engagement, Orphelins et Orphelines de Guerre et Pupilles de la Nation, qui restons fidèles à ceux qui en 1927 ont fondé notre mouvement et voulaient garder vivante la Mémoire des Morts pour la France.

 

JD      

 

 (NB – Bien entendu le mot "homme" dans cette réflexion désigne l'humain, féminin ou masculin)